Traduction

Depuis sa création en 1996, l'Association FORCED LANDING a pour objectif d'honorer la mémoire de tous les aviateurs qui ont combattu (et souvent donné leur vie) durant la seconde guerre mondiale pour repousser l'occupant nazi et redonner à la France sa liberté. Notre travail se concentre sur le Département de l'Eure-et-Loir (28).

 


LA MONTEE EN PUISSANCE DE LA 8ème AIR FORCE

 

Lors de la première moitié de l’année 1943, les bombardiers et chasseurs américains ne survolent pas encore l’Eure-et-Loir car leurs objectifs sont principalement les installations portuaires françaises et les grandes villes allemandes. L’objectif principal de l’USAAF fut alors de détruire les bases U-BOAT et ports  situés sur les côtes maritimes allemandes et françaises (Saint-Nazaire, Brest, Lorient) afin de sécuriser les routes maritimes dans la Manche, la Mer du Nord et dans tout l’Océan Atlantique.

 

De même, lors de la conférence de Casablanca le 14 Janvier 1943, CHURCHILL, ROOSEVELT et leurs chefs d’Etat-Major se mirent d’accord pour lancer une campagne de bombardement permanent sur l’Allemagne, l’objectif étant de détruire prioritairement le système industriel, économique et militaire allemand et d’affecter directement le moral de la population allemande en bombardant les villes. C’est ainsi qu’eut lieu le premier bombardement américain sur l’Allemagne le 27 Janvier 1943 (Ville d’Emden et de Wilhemhaven) le 27 Janvier 1943.

 

Le manque d’expérience de l’USAAF engendra de nombreuses pertes face à une chasse allemande aguerrie : les formations américaines empruntaient la route la plus courte en survolant le Nord de la France, la Belgique ou la Hollande où les chasseurs allemands les attendaient. L’Etat-Major freina considérablement le nombre de ces missions, le temps de trouver une solution adaptée pour protéger ses appareils.

 

Vers Juin 1943, ces solutions sont petit à petit mises en place (escorte par des chasseurs capables de parcourir de grande distance, bombardement des terrains d’aviation de la Luftwaffe en France, changement régulier des routes de vol, armement défensif amélioré sur les bombardiers).

Les bombardiers US marquent désormais leur présence dans le ciel d’Eure-et-Loir et atteignent leurs premiers objectifs dans la région (exemple : bombardement d’une usine aéronautique du Mans en Juin et Juillet 1943, bombardement des terrains d’aviations du Bourget, de Villacoublay, d’Evreux et de Conches en Août 1943).

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CHUTE DU 1er BOMBARDIER AMERICAIN EN EURE-ET-LOIR

Le 06 Septembre 1943, 262 B-17 sont chargés de bombarder les usines de production et d’aviation à Stuttgart, en Allemagne avec une escorte de 176 P-47 qui accompagneront les bombardiers aussi loin que possible.

Il s'agit d'une pénétration profonde en territoire allemand avec une distance aller-retour de 1;300 miles, ce qui était la limite d'autonomie des B-17.

Les appareils du 388th BG (Bomber Group) décollent de leur base de Knettishall, en Angleterre vers 05H30.

Sur le chemin aller, le temps se dégrade très rapidement et les formations furent scindées par d’épais nuages, ce qui eut pour effet se séparer les formations et de désorganiser le bombardement qui eut lieu vers 10H00. De nombreuses formations n’identifièrent pas l’objectif et choisirent alors des objectifs d’opportunité.

Sur le chemin du retour, dans les environs de Strasbourg, le 388th BG, qui assurait le rôle vulnérable de position basse de la formation, fut soumis à une attaque intense des chasseurs ennemis. L’escadrille basse du groupe, la 563ème BS (Bomber Squadron), fut anéantie lors de ces combats aériens. Le 388th BG perdit ainsi 11 de ces 21 B-17 engagés dans cette mission.

B-17 du 388th BG

Les archives départementales d’Eure-et-Loir relatent la chute d’un de ces appareils :

« Vers 13H00, un bombardier quadrimoteur américain fut abattu par un avion de chasse allemand et tombe dans un champ à1.5 km au Sud de Voves, entre le passage à niveau n°31 de la voie ferrée « Chartres – Orléans » et le hameau « le Bisseau », Commune de Villeau. L’appareil prit feu et les 5 parachutistes furent arrêtés par les autorités allemandes, un 6ème tomba à proximité du bombardier et mourut. Quatre autres occupants périrent carbonisés dans l’avion ».

 

Il s’agit en réalité du B-17 F n°42-30201 (baptisé « Shedonwanna ») piloté par le Lt MELVILLE du 388th BG, 560th BS qui s’écrase à Villeau, près de Voves.

Le bombardier largua ses bombes sur l’objectif comme prévu mais sa formation fut attaquée par des chasseurs ennemis vers Strasbourg. Son moteur n°4 fut touché et le Sergent BORCHERT fut grièvement blessé. Le pilote tenta de maintenir son appareil au sein de sa formation mais ses ennuis mécaniques l’obligent à la quitter au-dessus de la ville de Troyes (témoignage du 2ème Lt PASTRICK). L’équipage tente alors de regagner l’Angleterre par ses propres moyens jusqu’au moment où on peut supposer qu’il est à nouveau attaquer par un chasseur (conformément aux faits relatées par les Archives Départementales. La chute du bombardier devient inévitable. Le Lt MELVILLE donne alors l’ordre à son équipage d’évacuer l’appareil en perdition et de sauter en parachute.

Tous sautent, excepté le pilote qui reste à son poste de pilotage et deux autres camarades BORCHERT et CREAMER.

Voici la liste des membres d’équipage :  

 

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Témoignage de Gérard DEBONNE: "Nous vivons dans la cité ouvrière attenante à l’usine d’engrais chimique où mon père travaille comme contre-maître. Ma grand-mère Dubaud a fui St-Nazaire où les bombardements alliés vont détruire sa maison. C’est une belle après-midi de Septembre. Le ciel est clair et le soleil brille….. Puis un bourdonnement commence à se faire entendre. Nous sortons dans le jardin et nous voyons dans le ciel, très haut, très haut au-dessus de nos têtes, des formations de plusieurs dizaines de bombardiers se dirigeant vers le Nord-Ouest . Tellement haut que nous n’apercevons que des points sombres laissant derrière eux de longs nuages blancs. Le vrombrissement se fait plus intense, mais nous distinguons tout d’un coup le crépitement sourd des mitrailleuses. On ne voit pas les chasseurs allemands, trop hauts, mais nous savons que ce sont eux qui attaquent. En effet Voves se trouvait être entre 2 bases aériennes de chasse allemande et nous avions déjà plusieurs fois vu les Messerschmitt de la chasse allemande en ras-motte, à quelques mètres d’altitude, prêts à l’attaque dans la plaine qui s étendait derrière la maison. Ils étaient remontés en chandelle là-haut dans le ciel d’où ils allaient redescendre encore plus vite qu’ils n’étaient montés après leur attaque surprise. Et puis on entend des vrombrissements irréguliers et l’on voit l’un des petits points dans le ciel qui devient plus gros, on distingue mieux la forme de l’avion qui semble suspendu, arrêté dans le ciel alors que sa formation continue son chemin. L’avion est là, encore très haut au-dessus de nos têtes, mais tombe en chavirant comme une feuille morte. Les moteurs vrombissent dans des accélérations, puis semblent s’arrêter, puis revrombrissent désespérément. L’avion est toujours là, au-dessus de nos têtes. Un petit point blanc se détache, puis un autre. Ce sont les parachutes des hommes qui parviennent à se dégager de cette carlingue de mort. La chute nous paraît lente mais inexorable. L’avion grossit au-dessus de nos têtes et nous commençons à craindre qu’il ne tombe sur nous. Naïvement nous commençons à courir dans toute la longueur du jardin pour essayer de ne pas nous trouver sur le point de chute. Hélas rien n’y fait l’avion grossit toujours au-dessus de nos têtes en tombant comme une feuille morte et dans le bruit lugubre des accélérations de moteurs. D’autres points blancs apparaisent dans le voisinage de l’avion, d’autre vies sauvées, peut-être grâce au pilote qui continue ces accélérations irrégulières pour redresser son avion et ralentir sa chute afin sans doute que l’équipage puisse sauter. On commence à voir des petits points noirs sous les premiers parachutes qui se rapprochent du sol. Six membres d’équipages sautent ainsi. La chute nous paraît interminable et nous commençons a voir que l’avion va tomber plus loin que sur notre maison. Il devient maintenant assez gros pour que l’on puisse deviner sa blessure mortelle. L’un des ailerons de queue a dû être découpé par le mitraillage d’un chasseur allemand. Jusqu’au bout le pilote pratique des accélérations désespérées de ses moteurs. Puis l’avion disparaît derrière les rideaux d’arbres et les maisons en face chez nous. Cela nous a paru très long, mais sans doute que quelques minutes. Quelques secondes après, une grosse fumée noire monte vers le ciel. Mon frère et moi nous croyons que le point de chute est tout près et nous enfourchons nos vélos pour aller voir, sans nous occuper des protestations de nos parents. En fait l’avion est tombé à environ 2,5 km de la maison, près du hameau de Bisseau. Nous arrivons donc 10 ou 15 minutes après sur les lieux du drame. Nous sommes peut-être les premiers avec les soldats allemands qui nous empêchent de nous approcher trop près de l’avion en flamme. Avec le feu, les balles de mitrailleuses explosent et il est certainement très dangereux de rester à proximité. Nous restons là à regarder, à moins de 100 mètres. Nous voyons dans le champ à proximité de l’avion le corps d’un aviateur avec son parachute blanc sur le sol. Il a dû sauter au dernier moment et son parachute ne s’est pas ouvert. Sans doute est-ce le pilote qui est resté dans son appareil pour ralentir la chute, et permettre à ses coéquipiers de sauter en parachute Les soldats allemands lui rendent les honneurs en tirant une salve en l’air et l’embarquent dans leur véhicule. Le feu énorme continue à faire rage et les Allemands nous obligent à repartir. L’épave de l’avion sera gardée plusieurs jours par les Allemands puis abandonnée. Pas abandonnée par mon frère et moi qui y retournons pour récupérer les douilles de balles de 20 millimètres des mitrailleuses, éclatées par la chaleur. Nous en récoltons ainsi plusieurs dizaines de kilos de laiton que nous allons vendre au marchand de ferraille pour nous faire un petit argent de poche. Dans notre fouille au milieu des tôles calcinées et des cendres nous découvrons des restes à demi carbonisés, mous, qui nous semblent être des restes humains. Quelques morceaux d’appareillages n’ont pas brûlé et nous récupérons des bobinages de fil de cuivre qui nous servirons à faire des collets pour perdrix ou toutes sorte de petites pièces mécaniques et petites poulies pour des bricolages. Et puis un jour, car nous y sommes retournés plusieurs fois, je trouve un petit bidon rouillé dans lequel je vois une poudre jaune. Je le secoue pour faire sortir la poudre qui part en nuage jaune vers mon frère. Je vois presque aussitôt ces lèvres, son nez, devenir vert jaune fluorescent. Je prends vraiment peur car je crois avoir empoisonné mon frère. On rentre au plus vite à la maison, maman et papa sont absents, je me précipite sur la bouteille de lait que je fais boire à mon frère, ayant entendu dire à tort ou à raison que c’était un antipoison. Maman rentre et alerte les voisins, mon frère ne semble avoir aucun symptôme d’empoisonnement, les irritations sur les lèvres et au nez ont disparues. Heureusement il y a eu plus de peur que de mal". Gérard Debonne (13 ans en 1943).

Un autre témoin de VILLEAU se rappelle avoir vu cet appareil quelques jours après son crash mais la carcasse était surveillée par des soldats allemands et il était interdit de s’en approcher.

 

 

Carcasse du B-17 n° de série 42-30201 gardée par deux sentinelles allemandes (droits reservés)

 

Rapports de Police et de Gendarmerie de Chartres des 6 et 7 septembre 1943 (source: AD28)

 

   

Earl Sulivan MELVILLE  et le Nose Art du B-17 F n°42-30201

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Rapport MACR n° 3124 (B-17 n°42-30201 tombé à Villeau)

Le rapport de perte de l'USAAF localisa à tort ce crash près de Strasbourg.

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Quatre corps (dont trois non identifiés) furent inhumés dans le cimetière Saint-Chéron de Chartres (tombes n°134, 154, 155 et 179).

Registre du cimetière St-Chéron (Source: Archives Ville de Chartres)

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Il s'agissait en réalité des corps de Frank ALDENHOEVEL (tombe n°134), de William BUCHERT (tombe n°154), de Walter CREAMER (tombe n°155) et d'Earl MELLEVILLE (tombe n°179) .

Les quatre corps furent exhumés en Mars 1945 et transférés au cimetière militaire américain de Saint-André-de-l'Eure pour identification.

Les corps du Lt MELVILLE et S/Sgt CREAMER furent définitivement inhumés au cimetière militaire américain de Colleville-sur-Mer. Les corps du T/Sgt ALDENHOEVEL et du Sgt BORCHERT furent rapariés aux USA.

 

 

Rapport d'identification du corps du T/Sgt Franck ALDENHOEVEL en 1945/1949 (source : Archives US)

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Tombe du T/Sgt Franck ALDENHOEVEL au Camp Butler National Cemetery (Illinois)

(Source: findagrave.com)

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Tombe du Sgt William A. BORCHERT au Golden Gate National Cemetery (Californie)

(Source: findagrave.com)

 

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LE PREMIER BOMBARDEMENT AMERICAIN EN EURE-ET-LOIR

Le 15 Septembre 1943, l'USAAF organise, pour la première fois, le bombardement du terrain d'aviation de Chartres, alors  occupé par la Lutfwaffe.En effet, la forte activité du terrain d'aviation de Chartres liée à l'installation récente de l’école de pilotage des chasseurs allemands n'a pas manqué d’attirer l’attention du commandement américain.

Cette mission est confiée à une formation forte de 63 B-24 appartenant au 44th BG (22 B-24), au 93rd BG (21 B-24) et au 389th BG (20 B-24). Seulement 47 appareils réaliseront leur mission de bombardement jusqu'au dessus de l'objectif.

 

Plus largement, l’Eure-et-Loir connaît son tout premier bombardement depuis l’invasion allemande en 1940.

La Défense passive de 1943 releva les faits suivants : « A 20H15, bombardement du terrain d’aviation de Chartres par environ cinquante avions. Dommages à la Rue des Petites Filles-Dieu ».

 

    

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 Bombardement du terrain d’aviation de Chartres le 15 Septembre 1943 (photos NARA)

 

Rapport de la Défense Passive de Chartres (source: AD28)

 

Un des bombardiers sera abattu sur le chemin du retour. Le B-24 n°42-40938 du 330th BS du 93rd BG s'écrase à Doudeville, près d'Yvetot, touché par la Flak et par un Fw-190.

 


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