Traduction

Depuis sa création en 1996, l'Association FORCED LANDING a pour objectif d'honorer la mémoire de tous les aviateurs qui ont combattu (et souvent donné leur vie) durant la seconde guerre mondiale pour repousser l'occupant nazi et redonner à la France sa liberté. Notre travail se concentre sur le Département de l'Eure-et-Loir (28).

 


JOURNEE DU 10 JUIN 1944

 

Le bombardement du terrain d’aviation de Dreux et de ses nouveaux occupants

Mis en sommeil depuis la fin de la bataille d’Angleterre en Avril 1942, le terrain d’aviation de Dreux n’était plus qu’un terrain secondaire, quelque peu délaissé jusqu’à début Juin 1944 où un groupe de bombardement tactique (le I./SKG10) équipé de Fw-190 G-8 s’y installe.

Ce groupe de 17 appareils opérationnels est très polyvalent et effectue aussi bien des missions de bombardement par mauvais temps, de chasse de jour comme de nuit ou encore de reconnaissance tactique ou stratégique.

La survenance du débarquement allié en Normandie le 06 Juin 1944 redonna immédiatement à ce terrain une importance de premier ordre et un second groupe reçut l’ordre de quitter l’Allemagne pour venir s’y installer.

Ainsi, le IV./JG3 quitta leur base de Salzwedel le matin du 08 Juin 1944 pour rejoindre Dreux vers 14H30, après deux ravitaillements intermédiaires à Rheine et Mönchen-Gladbach. Désormais, la vingtaine de Fw-190 G-8 opérationnels du IV./JG3 équipés pour embarquer une bombe de 250 kilos seront chargés de bombardements tactiques.

Ce regain d’activité sur le terrain d’aviation de Dreux ne passa, bien évidemment, pas inaperçu et le commandement des forces aériennes américaines ordonna de bombarder ce terrain d’aviation.

Ainsi, après une journée de mauvais temps empêchant toute activité aérienne le 09 Juin 1944, 22 bombardiers B-24 du 453rd BG et 15 B-24 du 445th BG décollèrent de leurs bases d’Old Buckenham et de Tibenham (Grande-Bretagne) à 05H40 le 10 Juin 1944 et effectuèrent cette mission de bombardement sur le terrain d’aviation de Dreux. La formation largua 63 tonnes de bombes explosives à 08H30. Les résultats furent jugés excellents.

Par chance et grâce à la dispersion des appareils dans les environs du terrain d’aviation, ni le IV./JG3, ni le I./SKG10 n’auront à déclarer de perte.

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Le crash du P-47 du Lt BAKER à Bourth (61)

A 08H30, les P-47 du 78th FG sont en mission d'escorte de bombardiers dans la région d'Evreux-Conches et reviennent à leur base lorsque deux camions allemands furent observés et pris en chasse.

Témoignage du 2nd Lt B. H. HODGES:

"Le Lt BAKER était le leader du Flight jaune. J'étais son ailier, en position n°2. Nous avons fait un passage sur deux camions. Le Lt BAKER prit pour sible le 1er camion et je me concentrais sur le second qui était armé d'une mitrailleuse qui tira sur le Lt BAKER. Je suis descendu au maximum pour lui tirer dessus puis nous engagions la ressource lorsque la flak devint intense et précise. Je vis le Lt BAKER braquer très fort et je fis de même. Dans le virage, je le derdit de vue sous mon aile. Je m'apprêtais à retrourner vers le village pour le localiser quand, au même moment, j'entendis le Lt Baker dire "rentrer à la maison car touché". Je réussis à rejoindre l'appareil endommagé pour l'accompagner et c'est le dernier moment où je vis le Lt BAKER. Il avait encore sa bombe avec lui. Il était 08h30 vers Beaumont-le-Roger".

En réalité, le P-47 n°42-76547 piloté par le Lt Robert L. BAKER (matr. 0-733581) du 78th FG, du 82nd FS s'écrase près de la ferme Bouhourdière à Bourth (61) à l'Ouest de Verneuil-sur-Avre (27), abattu par la Flak lors du mitraillage de véhicules allemands.

Le pilote trouva la mort et son corp fut inhumé provisoirement dans le cimetière communal de Bourth, avec les hélices de son appareil reposant sur sa tombe. Son corps fut relevé le 6 février 1945 pour le cimetière américain de Colleville-sur-Mer (Bloc D, Rang 22, Grave 40).

 

Rapport MACR n°5627 (P-47 du Lt BAKER)

Le MACR situe faussement ce crash près de Beaumont-le-Roger (27).

 

Le crash d'un P-47 à Nonancourt

Les P-47 du 78th FG, 82nd FS sont en mission de bombardement dans les environs d'Evreux-Conches lorsqu'à 09H30, le 2nd Lt Richard S. KUEHNER (en position n°3 du flight) et son ailier (le 2nd Lt J. L. MATTERN) suprennent et mitraillent un camion caché sous des arbres. Ils firent un vitrage à 90° mais une Flak légère les prit pour cible. Volant trop bas, l'aile du P-47 n°42-26317 piloté par le 2nd Lt Richard S. KUEHNER heurta un poteau s'écrasa immédiatement, avec ses deux bombes, au lieudit La Pacqueterie à Nonancourt. Le pilote trouva la mort. Son corps fut provisoirement inhumé au cimetière communal de Nonancourt et il repose désormais à Colleville-sur-Mer.

 

Le bombardement de Châteaudun et Marboué

A 10h45, une formation de 5 chasseurs-bombardiers attaquent l’Est du camp d’aviation de Châteaudun et détruisent quelques avions au sol.

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A 11H00, mitraillage de wagons à Santeuil et de la gare d'Auneau.

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En début d’après-midi, à 14H10,une importante formation de bombardiers arrive par l’Ouest et bombarde de nouveau le terrain d’aviation de Châteaudun. Pour la première fois, les bombardiers ont utilisé des marqueurs fumigènes qui permettent de bien cibler l’objectif pour les formations suivantes. Le hameau de Boirville, Commune de Lutz-en-Dunois est sévèrement touché avec des victimes civiles. Une bomb est tombée dans une tranchée. Il s'agit très certainement du bombardement par 12 B-24 du 466th BG qui larguèrent 25,35 tonnes de bombes et des B-24 du 467th BG (790th BS).

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A 14h20, les Bois des Coudreaux à Marboué sont également la cible de chasseurs-bombardiers et une vingtaine de bombes tombent à la Hullerie jusqu’à la ligne de chemin de fer.

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A 21H30, bombardement du viaduc de Courtalain, sans causer de dégâts.

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A 22H00, une nouvelle attaque a lieu sur le bourg de Marboué et deux bombes tombent dans l’Avenue Aristide Briand, écrasant la grange de la boulangerie. Deux autres bombes tombent dans le vignoble de M. Elambert mais aucune d’elles n’explose. Ces dernières étaient destinées au viaduc ferroviaire.

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A 22H00, bombardement de la gare et du camp allemand à Auneau.

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A 22H00, bombardement de la ligne "Paris-Orléans" à Rouvray-St-Denis.

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Le crash du P-47 du Lt Joseph WILKINSON à Anet

Le tout récent débarquement du 06 Juin en Normandie rameuta de nombreux groupes de la Luftwaffe dans la région normande, ce qui ne manqua pas d'attirer l'attention des bombardiers américains.

C'est ainsi que la matinée du 10 Juin 1944 fut marqué par une intense activité des bombardiers américains qui attaquèrent en masse de nombreux terrains d'aviations allemands. Les bases du II./JG3 (Evreux), du III./JG3 (Saint-André-de-l'Eure) et du IV./JG3 (Dreux) furent bombardées, n'occasionnant toutefois que peu de dommages matériels. L'insécurité des lieux imposa au III./JG3 de déménager à Marcilly-la-Campagne (Eure), sur un terrain utilisé en 1940 par l'Armée de l'Air Française. Ces évènements matinaux du 10 Juin contrarièrent sans doute les pilotes de Luftwaffe qui durent intensifier la surveillance aérienne.

C’est dans ce contexte que, vers 21H30, un groupe de 4 chasseurs américains reçut pour mission de bombarder les voies ferrées près de la gare de Bueil (dans l'Eure, au Nord d'Anet et à l'Est de Saint-André-de-l'Eure). Ces quatre chasseurs-bombardiers étaient des P-47 du 50th FG, 81st FS.

Très nerveux, les chasseurs allemands Me-109 du II./JG3 et III./JG3 aperçurent rapidement les P-47 du 50th FG et tentèrent de les intercepter, un combat s'engagea immédiatement.

Voici le témoignage du Lt Hugh HALL (un des quatre pilotes américains): "Le 10 Juin 1944, nous étions en mission de bombardement sur la France. J'étais situé en position n°2 dans le Flight « Vert » et le Lt WILKINSON était mon ailier. Nous étions les deux derniers à larguer nos bombes sur l'objectif lorsque quatre Me-109 nous attaquèrent par derrière. Je tournai à 90 degré et je pris en chasse un des Me-109".

L'effet de surprise bénéficiant aux Me-109, l'Uffz KADEN du III./JG3 prit pour cible un des P-47 qui, gravement touché, s'écrasa immédiatement au sol sur le territoire de la Commune de Rouvres (près d'Anet), sans que son pilote ne réussisse à sauter en parachute. Ce P-47 n°42-26040 (Code "2N-H") était piloté par le Lt Joseph Edward WILKINSON.

     

Lt Joseph E. WILKINSON et l'épave de son P-47

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Les trois autres chasseurs américains surent retourner rapidement la situation à leur avantage et attaquèrent à leur tour.

Trois chasseurs allemands du 5./JG3 sont à leur tour abattus:

- Le Me-109 de l'Uff. Bernhard HAUPT  ("17 noir" Nr 163677) s'écrasa à Huest, au Nord Ouest d'Evreux.   Le pilote trouva la mort.

- Le Me-109 de l'Uffz Kurt WALH ("14 noir" Nr 412474) s'écrasa à Normanville, au Nord Ouest d'Evreux. Le pilote trouva la mort.

- Le Me-109 de l'Uffz Werner TALKENBERG ("7 noir") s'écrasa à Sacqueville, au Nord Ouest d'Evreux. Le pilote réussi un atterrissage de fortune et est indemne.

 Une habitante du village de ROUVRES observa le combat:

"C'était le troisième jour consécutif d'attaques de la voie ferrée d'Ezy-Sur-Eure par les avions américains. La chasse allemande en action aussi chaque jour.

Cet après-midi du 3ème jour - 10 Juin 1944 - on réalise peu à peu que l'on entend plus de bruits du combat. Mais un autre "bruit" assourdissant s'approche par la vallée.  On a l'impression qu'un avion va tomber sur la maison. Quand j'ose lever les yeux, je n'aperçois que l'empennage d'un avion au-dessus d'un toit de la maison d'en face. Mais il continuera son vol en rasant les toits (fait constaté par les habitants des dernières maisons), pour rencontrer la colline à peu près 100 mètres plus loin, évitant même les lignes électriques.

Pas très braves (on avait peur depuis 1940), nous ne sommes pas rendus près de l'appareil. Plusieurs curieux y étaient allés et avait déclaré en revenant  que "le pilote était mort"... Un homme du village avait eu le temps de s'emparer de certains appareils. Il fut dit "appareil-photo". Quelques heures après, les Allemands arrivaient!

Très vite, ils se sont rendus compte que manquait des choses et on exigé sous menaces qu'elles soient retrouvées au plus vite. L'homme ayant été vu, il a donc rapporté les objets en Mairie.

Etant également présent, le pilote allemand qui a abattu l'avion américain. Le maire de l'époque disait qu'il avait salué le pilote américain. Toujours d'après le maire, le pilote allemand avait un bandage à la tête.

L'avion n'était pas endommagé. Le moteur avait roulé environ 50 mètres plus loin. Mais la petite Pin-Up[1] sur le fuselage se portait bien. Les pneus de l'avion ont été retrouvés chez un agriculteur de Rouvres par les Allemands lors du repli en Août 1944, qui en ont fait un grand feu".

[1] L'appareil avait une PIN-UP représentant une jeune femme avec l'inscription "Katherine". 

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Rapport MACR n°5879 (P-47 du Lt Joseph E.WILKINSON)

Rapport allemand du crash du P-47 du Lt WILKINSON

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Le corps du Lt WILKINSON fut alors pieusement enseveli au cimetière communal de Rouvres. Une croix blanche avec la mention "Capitaine WILKY" fut dressée au-dessus de la tombe provisoire et un Procès Verbal fut dressé dans les Etats Civils de la Commune. Le corps du Lieutenant fut relevé le 5 Juillet 1945 par les services d'identification américain. Aujourd'hui, son corps ne repose plus en France. La carcasse du P-47 ne fut enlevée qu'en 1946.

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Photo n°1: Lt Joseph Edward WILKINSON

Photo n°2: Le Lt WILKINSON en 1943, en Floride, lors d'une fête organisée à la fin de son entraînement et avant son départ pour l'Angleterre (Photo Remy Chuinard)

Photo n°3: Joe Wilkinson (2ème rand à droite) - Photos Remy Chuinard)

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La victoire du 411 Squadron vers Dreux

Ce 10 Juin 1944, vers 20h10, deux Spitfire du 411 Squadron (RCAF) décollent de leur base anglaise pour une mission de chasse libre. Vers 21h10, ils survolèrent la région de Dreux alors que le pilote allemand, le Lt Dieter HESS de la 2./SKG10, effectue un vol d’essai avec son Fw-190 G-8 « 5 rouge » n°190118 à partir de son terrain de Dreux.

Les chasseurs canadiens prennent alors en chasse l’appareil allemand qui volait seul :

Voici le témoignage de l’un des pilotes canadiens, le F/Lt Harold Joseph NIXON : « Je volai en position n°3 dans le flight Rouge lorsque je vis un appareil volant à deux heures, à une distance de 8 kilomètres. Je l’identifiai comme étant un Fw-190. Immédiatement, je le pris en chasse à environ 350 mètres de distance avec un angle de tir de 30°. Il tenta des manœuvres évasives en prenant des virages très serrés. J’approchai de lui jusqu’à 180 mètres en continuant à lui tirer dessus avec un angle de 10 à 20° et je réussi à l’atteindre au niveau de la queue. Mes munitions étant presque épuisées, j’ai été contraint de stopper le combat  et j’ai laissé mon co-équipier, le F/Lt WILLIAMS, abattre ce Fw-190 ».

 

Le Fw-190 s’écrase alors à proximité du terrain d’aviation de Dreux, avec son pilote. Il sera inhumé au cimetière Saint-Chéron de Chartres, dans un premier temps:

Tombe n°333 du Ltn Dieter HESS du 2./SKG10 au cimetière Saint-Chéron de Chartres

(Archives de la Ville de Chartres)

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Emil AECKERSBERG et Kurt KLEBER de la 2./SKG10 sont très certainement des victimes du bombardement du terrain d'aviation de Dreux ce 10 Juin 1944.

Cette mission du 411 Squadron dura deux heures, de 20H10 à 22H10, heure à laquelle ils atterrissent sur le terrain de Tangmere.

Les 27 Juin et 27 Juillet suivants, le pilote canadien Harold NIXON sera abattu à deux reprises par la défense anti-aérienne allemande mais, à chaque fois, il survécut et s’évada pour rejoindre  la zone libérée, au Sud de Bayeux la 1ère fois puis  à Fleury-sur-Andelle la seconde fois.


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