Traduction

Depuis sa création en 1996, l'Association FORCED LANDING a pour objectif d'honorer la mémoire de tous les aviateurs qui ont combattu (et souvent donné leur vie) durant la seconde guerre mondiale pour repousser l'occupant nazi et redonner à la France sa liberté. Notre travail se concentre sur le Département de l'Eure-et-Loir (28).

 


NUIT DU 07 AU 08 JUILLET 1944

 

Le bombardement de Saint-Leu-d’Esserent et les pertes alliées dans la nuit du 07 au 08 Juillet 1944

 Le 13 juin 1944, les Allemands commencèrent une nouvelle campagne de bombardement sur Londres en lançant leur nouvelle arme, le V1. Ils en lancèrent 3.000 durant les cinq semaines suivantes.

Pour cela, les Allemands décidèrent de cacher une partie importante de ces V1 dans les installations souterraines de St-Leu-d’Esserent. Ce site était un complexe important, constitué de caves initialement exploitées pour son calcaire, près de la ville de Creil et à 50 kilomètres au Nord de Paris. Ces caves avaient été aménagées pendant deux ans par les Allemands pour devenir leurs plus importantes installations d’assemblage et de stockage de V1.

Le plafond, principalement fait de pierres, avait 8 mètres d’épaisseur; le magasin souterrain avait trois entrées et était particulièrement bien situé près de la ligne de chemin de fer.

Rapidement repéré par les alliés, le site devint très vite une des cibles prioritaires à bombarder.

 

Après un premier raid lancé par quarante bombardiers B-24 de la 8ème USAAF le 27 juin 1944, quatre autres attaques furent menées par la RAF pour détruire cette usine souterraine.

Le premier raid de la RAF eut lieu le 4 juillet 1944 quand 17 Lancaster du 617ème escadron et un Mosquito (pour le repérage) attaquèrent en plein jour. L’objectif étant couvert de fumée, six appareils remportèrent à leur base leurs bombes « Tallboy » de 6 tonnes spécialement fabriquées pour pénétrer le sol avant d’exploser.

Le deuxième raid fut mené pendant la nuit du 4 au 5 juillet 1944 avec 246 appareils. Le bombardement fut précis mais peu de bombardiers purent larguer leurs bombes en raison de la fumée recouvrant l’objectif. Treize pertes furent enregistrées en raison de la présence de la chasse allemande de nuit.

Le troisième raid eut lieu dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944 avec 221 Lancaster et 13 Mosquito en éclairage.

Le bombardement fut dirigé avec précision et succès sur les tunnels et les routes d’accès mais la chasse allemande de nuit occasionna encore de lourdes pertes au sein de la RAF : 31 appareils furent abattus (29 Lancaster et 2 Mosquito) dont deux dans le Nord du Département de l’Eure-et-Loir.

 

      

Photographies aériennes de la destruction des carrières de St-Leu-d’Esserent

 


 LE CRASH DU LANCASTER DE BÛ

Le Lancaster III ND 966 portant le code tactique « OL-C » du 83 Squadron décolle de sa base anglaise de Coninsby à 22H41 avec pour mission de bombarder le site de St-Leu d’Esserent.

Les chasseurs de nuit allemands sont présents et attaquent immédiatement après le bombardement avec, comme effet, de désorganiser la formation de Lancaster. Vers 03H15, une seconde attaque touche mortellement l’appareil qui s’écrase à (Nord Est de Dreux), abattu par un chasseur de nuit allemand.  

Seuls le F/S Eric DAVIS et le Sgt Robert HESLOP réussissent à évacuer l’appareil. Le restant de l'équipage trouve la mort:

- Le corps du Sgt R. H. MELLARD repose au cimetière communal de Bû

- Les corps du F/O GRIFFITHS, du Sgt PROPHET, du F/S ASKER et du F/S MARTIN reposent au cimetière communal de Broué.

Voici la composition de l'équipage:

 

 

        

  Tombe du Sgt MELLARD (cimetière de Bû)

 

   

Tombes du F/O GRIFFITHS, Sgt PROPHET, F/S ASKER et F/S MARTIN (cimetière de Broué)

 

 Le F/S Eric T. DAVIS regagne le sol sain et sauf. Nous retrouvons sa trace, recueillit par la famille WYATT, habitant à Boncourt. Il fut caché avec deux autres aviateurs :

- Le F/O Franck SALT (Lancaster ND731 du 35 Squadron abattu le 4/5 Juillet 1944 à Emancé (78))

- Le Sgt Walter PERRY (Halifax LV943 du 466 Squadron abattu le 6/7 Mai 1944 vers Mantes-la-Jolie).

Famille Wyatt le 14 Juillet 1944 à Boncourt (28) avec Eric DAVIS (2ème au fond en partant de la gauche),

Franck SALT (2ème rang du milieu en partant de la gauche)

et Walter PERRY (3ème rang de devant en partant de la gauche).

Source : Australian War Memorial

 

Après les avoir hébergé durant plusieurs jours par la famille WYATT, les trois aviateurs se montrèrent impatients et décidèrent de regagner le front en prenant la direction du Sud. Suite à un désaccord dans le groupe, ils se cachèrent ensuite 8 jours dans une maison abandonnée. La résistance locale les découvrit et le 2 août, ils furent pris en charge en voiture par un réseau d'évasion en partance pour l'Espagne, via par Paris. Toutefois, ce réseau d'évasion avait été infiltré par un agent double de la Gestapo, le traitre Désoubri. Ce faux résistant Jacques Désoubri remettra les trois aviateurs directement à la Gestapo pour être fait prisonnier, le 7 Août 1944 à Paris.

Eric DAVIS sera ensuite envoyé de la prison de Fresnes à Buchenwald, par train, le 15 Août 1944 avec 167 autres aviateurs alliés. Il sera ensuite déplacé au Stalag Luft III à Sagan.

 

Pour sa part, le Sgt Robert HESLOP sauta en parachute et regagna le sol sain et sauf. Voici son témoignage recueilli le 07 Septembre 1944 lorsque'il fut rapatrié en Grande-Bretagne:

"Nous avons décollé de Coningsby à 22h38 le 07 Juilet 1944. Avant d’avoir atteint l’objectif, nous avons été abattus par un appareil ennemi. Notre Lancaster était en feu et l’ordre fut donné d’évacuer l’appareil à 23h59, ce dernier perdant vite de l’altitude.

Le mitrailleur arrière, le radio-opérateur et moi avons évacué par la porte arrière et je vis l’appareil exploser dans un bois lorsque je touchai le sol. J'atterri dans un champ près d'un petit village appelé Bouglainval. Je laissai mon équipement dans un champ de maïs près de l'endroit où j'atterris puis je marchai jusqu'au levé du jour. Je me reposai dans un champ de maïs où je dormis jusqu'en fin d'après-midi. Il se mit à pleuvoir et je marchai de nouveau jusqu'à un petit village et demandai de l'aide. Les helpers lui montrèrent un bois où je me cachai. Les gens d'une maison me donnèrent à boire, ainsi que des vêtements de civils. Je restai là la nuit suivante.

Le lendemain matin (9 juillet), je pris la route de Paris en entamant un voyage en camion jusqu'à Versailles où je pris un train jusqu'à Saint-Cloud. De Saint-Cloud, j'atteint les bords de la seine, épuisé.

Le matin suivant (11 juillet), je marchai jusqu'à Paris et je trouvai mon chemin grace à une carte des rues à une station de métro. Cela me prit 6 heures du Sud de Saint-Cloud jusqu'à l'adresse qui m'avait été donnée par mes helpers de Bouglainval. Je restai à Paris jusqu'à la libération et fut caché par plusieurs adresses de résistants FFI".

Il réussira son évasion et revient en Grande-Bretagne le 07 Septembre 1944.

 

The London Gazette du 21 Avril 1944

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LE CRASH DU LANCASTER A OULINS

Dans la nuit du 7 au 8 Juillet 1944, le Lancaster I ME668 « ZN-L » du 106 Squadron décolle de sa base de Metheringham à 22H35 avec pour mission de bombarder St-Leu d’Esserent. Il s'écrase vers 01H15 à 3 Km à l’Est d’Oulins (près d'Anet), les quatre moteurs en feu.

Mention de la Défense Passive (Source: AD28)

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Voici les membres de l'équipage:

 

Le pilote F/Lt MARCHAND était expérimenté puisqu'il réalisait alors sa 20ème mission opérationnelle. Idem pour son navigateur (F/O HARDCASTTLE) qui effectuait alors sa 16ème mission.

Voici le témoignage du pilote Geoffrey Norman MARCHANT : " Nous avons atteint la côte française à une altitude de 12.000 pieds et, à proximité de la ville de Dreux, le moteur intérieur tribord fut atteint par la Flak et prit feu. Le mécanicien tenta d'éteindre l'incendie avec un extincteur mais le feu se poursuivit et je donnais l'ordre d'évacuer l'appareil. Presque immédiatement après, le Lancaster fut de nouveau atteint de chaque coté par des tirs de deux chasseurs de nuit allemands. Le mitrailleur arrière, le mitrailleur de tourelle, le radio-opérateur et le navigateur furent tués à ce moment précis.

Le bombardier et le mécanicien sautèrent en parachute à 12.000 pieds d'altitude. Le Lancaster était encore sous contrôle, malgré l'absence de contrôle latéral. Le feu s'était alors étendu aux quatre moteurs, au compartiment des bombes et à la plupart du fuselage. Le haut du cockpit explosa et l'appareil commença à plonger lorsque j'évacuais le cockpit par le haut et sortais en parachute à une altitude de 500 pieds. L'appareil s'écrasa près de Dreux".

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LA MORT DE QUATRE AVIATEURS

Le témoignage d'André VERMEULEN confirme que le Lancaster s'écrasa à 500 mètres de son domicile. Trois corps furent récupérés par les Allemands dans l'épave : les corps de Sgt GLADSTONE et de F/O PATERSON étaient entiers mais le corps du F/O  HARDCASTLE était écrasé et brûlé. La population locale organisa une cérémonie et les trois corps furent inhumés dans le cimetière d’Oulins.

 

F/O PATERSON Frank Gordon (source: https://fr.findagrave.com)

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Le corps du W/O Hilton BELL ne fut jamais retrouvé. Après une enquête de terrain en 1945 et février 1946, le radio-opérateur fut définitivement "porté disparu". Son nom figure sur le mur des Disparus au Runnymede Memorial.

W/O Hilton BELL (Source: National Archives of Australia)

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Avec certitude, M. VERMEULEN affirma que l'épave ne comptait pas de 4ème corps. L'épave était méconnaissable du fait de l'incendie consécutif à l'attaque aérienne puis au crash. Pourtant, les bombes du Lancaster n'explosèrent pas et les soldats allemands furent obligés de les déclencher, détruisant ce qui restait du bombardier.

Un harnais de parachute de type "L112", lourdement tâché de sang, fut retrouvé dans le "Bois de l'Abbé" par M. VERMEULEN mais il a été impossible de préciser si ce harnais était (ou pas) celui W/O BELL.

Ci-après les photos des tombes prises par Mme PIERRE du café-épicerie d'Oulins (Source: National Archives of Australia) :

 

Tombes du F/O HARDCASTLE, du F/O PATERSON et du Sgt GLADSTON (cimetière d’Oulins)

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LA CAPTURE DE TROIS AVIATEURS

Le F/Lt MARCHANT, le Sgt WELLS et le F/O KINNIS réussirent à sauter en parachute et à regagner le sol sain et sauf.

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Immédiatement après son atterissage, le F/O Arthur Georges KINNIS fut secouru par André VERMEULEN, propriétaire de la Ferme "Les Gatines d'Oulins". Ce dernier appartenait également au réseau de résistance locale et il emmena le pilote chez son père.

Dans les heures qui suivirent, André VERMEULEN revint rendre visite au F/O KINNIS et lui ramena des morceaux d'écharpes récupérés sur les trois corps présents dans l'épave du Lancaster. Le F/O KINNIS put ainsi identifier les objets personnels de ses camarades, les Sgt GLADSTONE, F/O PATERSON et F/O  HARDCASTLE, confimant leur mort.

On ne sait par quels moyens mais le F/O KINNIS est transféré à Vernon dans la famille CRESSY. Là, il retrouva un autre pilote américain en perdition, le 2nd Lt Donat François DAUTEUIL.

Ce pilote américain fut abattu le 27 Mai 1944 à Jouy-sur-Eure (8 Km au Nord-Est d'Evreux -27) et il marcha jusqu'à Vernon où il fut recueilli par la famille CRESSY. Des vêtements civils furent donnés à Donat DAUTEUIL par Marie CRESSY qui était la gardienne du cimetière de Vernon. Il restera caché dans la famille CRESSY du 28 Mai 1944 au 17 Juillet 1944.

Rapport d'évasion (échouée) du 2nd Lt Donat DAUTEUIL.

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Le samedi 17 juillet, à 15h00, Arthur KINNIS et  Donat DAUTEUIL quittèrent Paulette CRESSY (et sa mère) et sont pris en charge par l'agent double de la Gestapo d'origine belge, Jean Jacques DESOUBRI. Le 2nd Lt Donat DAUTEUIL situe cet évènement vers le 25 Juillet 1944. Les deux aviateurs sont conduits en voiture à Paris dans l'appartement de DESOUBRI où ils firent connaissance avec sa femme. Ils purent faire un brin de toilette et durent remplir un formulaire.

Peu après, ils partirent pour l'hôtel Picadilly (16, Avenue Wagram à Paris) et montèrent dans une chambre au 4ème étage, avec comme instruction de ne pas en sortir. Le mardi soir, on annonça le départ prochain pour un transfert vers l'Espagne, via Marseille.

Le lendemain, mercredi 22 juillet, vers 16h00, deux hommes vinrent les chercher en voiture. Ils furent directement emmenés dans une petite rue où flottait un grand drapeau nazi. Le chauffeur passa sous le drapeau pour s'arrêter dans la grande cour, où ils furent acceuillis par des soldats allemands armés et faits prisonniers.Ce lieu était le quartier général de la Gestapo, situé au 84, Avenue Foch à Paris (16ème).

Du 23 juillet au 15 août, ils furent emprisonnés à la prison de Fresnes. Face à l'avancée des alliés, l'évacuation de la prison fut ordonnée le 15 août et 168 aviateurs alliés furent transportés en train, durant 5 jours, jusqu'à Buchenwald. Il fut transféré dans le Stalag Luft III et fut libéré le 22 avril 1945 par les troupes russes.

Histoire des 168 aviateurs alliés déportés à Buchenwald (Site "France-crash 39-45"/étude de Jean-Luc MAILLET)

 

 

 

De son coté, le F/Lt MARCHANT fut gravement blessé, après avoir sauté en parachute (large plaie au talon droit et brûlure aux deux pieds). M. QUENOT aida également à panser les blessures du F/Lt MARCHANT.

Son état de santé étant grave, il fut emmené à l'hôpital de Dreux, où il fut pris en charge mais capturé par les Allemands.

Du 9 juilet au 5 août 1944, le F/Lt MARCHANT fut soigné dans trois hôpitaux successifs, à Dreux, Chartres puis Paris.

Il eut ensuite le parcours suivant :

 

F/Lt Geoffrey Norman MARCHANT (Source: National Archives of Australia)

 

Le F/Lt MARCHANT s'était engagé dans la RAAF le 6 septembre 1941, il avait quitté l'Australie pour l'Angleterre le 6 mars 1943 et revint de captivité en Australie le 8 septembre 1945.

 

De son coté, le Sgt WELLS déclara en 1946 avoir atterri près d'un bois. Blessé, il fut fait prisonnier.

 


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