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Depuis sa création en 1996, l'Association FORCED LANDING a pour objectif d'honorer la mémoire de tous les aviateurs qui ont combattu (et souvent donné leur vie) durant la seconde guerre mondiale pour repousser l'occupant nazi et redonner à la France sa liberté. Notre travail se concentre sur le Département de l'Eure-et-Loir (28).
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| JOURNEE DU 07 JANVIER 1944 | ||
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Durant la fin de l’année 1943
et début 1944, l’USAAF ne ménage pas ses efforts pour
affaiblir sans cesse l’Allemagne et bombarder l’ennemi
directement sur son territoire, ce qui n’est pas sans effet
sur le moral des populations allemandes. La chasse allemande n’est
toutefois pas inactive et ses actions sont souvent
couronnées de succès. C’est ainsi qu’une nouvelle
opération d’envergure fut programmée le 07 Janvier 1944 par
l’USAAF. . . LA MISSION DU 7 JANVIER 1944 Le 07
Janvier 1944, la 8ème
Air Force Américaine envoie 420 quadrimoteurs bombarder la
ville de LUDWIGSHAFEN en Allemagne. Les installations industrielles pétrochimiques de cette ville constituaient un objectif de premier ordre, avec ses usines I. G. FAREN et BASF mais également les usines KRUPP situées sur l’autre rive du Fleuve, à MANNHEIM. Ces installations avaient un grand intérêt stratégique car l’Allemagne n’était alors plus approvisionnée par ses colonies et elle dut développée des usines utilisant les dérivés chimique pour fabriquer des produits de synthèse (exemple : caoutchouc). De nombreux bombardiers
composèrent cette formidable formation avec 351 Forteresses
volantes B-17 et 69 Libérators B-24 (des 93rd BG, 389th BG,
392nd BG, 445th BG et 446th BG). Chaque groupe découla de son
terrain d’aviation vers 08H00 et retrouva leur formation à
09H00, heure à laquelle ils prirent tous la route vers
l’Allemagne. A l’approche de l’objectif, la
défense anti-aérienne allemande fut très importante mais les
B-24 purent larguer leurs bombes sans incident et, aussitôt,
les bombardiers reprirent le chemin du retour. . . UN CHEMIN DE RETOUR IMPREVU Comme nous l’avons vu
précédemment, la formation se composait principalement de
B-17 mais aussi de quelques B-24. Or, les groupes de bombardiers
B-17 et B-24 avaient pour habitude de ne pas être mélangés,
les B-24 volant plus vite mais moins haut que les
B-17. Ainsi, lors du retour, ils furent placés à l’arrière
de la formation, ce qui n’était pas la meilleure place lors
des attaques des chasseurs allemands. Pour maintenir une vitesse
faible, les B-24 volaient à leur vitesse minimum avec,
parfois, les volets ouverts pour les ralentir davantage.
Cette manœuvre avait pour inconvénient de les rendre moins
stables durant leur vol. L’ensemble des formations de
B-24 était commandé par James STEWARTS (le célèbre acteur
américain…) et la formation de tête (23 B-24) était menée
par le Major CALDWELL. Ce Major était dans l’avion de tête
(celui de WHLHITE) et avait une faucheuse tendance à ne pas
supporter les ordres et la hiérarchie… Agacé d’être obligé de rester
derrière les B-17 moins rapides, le Major CALDWELL demanda à
son navigateur une nouvelle route et ordonna à sa formation
de le suivre, abandonnant les autres formations de B-24 et
surtout les trop lentes formations de B-17. Observant le non respect des
ordres donnés lors du briefing, James STEWART tenta de
contacter CALDWELL par radio pour le rappeler à l’ordre mais
aucune réponse ne se fit entendre. Ennuyé, STEWARTS ordonna
aux formations restantes de B-24 de suivre celle du Major
CALDWELL et de laisser les B-17 suivre leur propre route.
Ainsi, l’ensemble des 69 B-24 prirent leur propre route et
suivirent le B-24 du Major CALDWELL. Or, cette manœuvre imprévue
fut suivie d’une erreur de navigation. L’ensemble des B-24
prirent une direction erronée de 15 degrés plus au Sud, ce
qui allongea considérablement la route du retour (150 km au
Sud de Paris au lieu d’un passage à 150 Km au Nord de
Paris). Les chasseurs alliés chargés de protéger les
formations de B-24 n’ayant pas la même autonomie en
carburant que les B-24, ils ne purent accompagner les B-24
tout au long de leur chemin et durent prendre un autre
chemin plus au Nord, plus court.
L’ATTAQUE DES CHASSEURS ENNEMIS Peu avant 13H00, dans le Sud
Est parisien, les observateurs des B-24 aperçurent deux
traînées de condensation à haute altitude au-dessus de leurs
formations et crurent qu’il s’agissait d’un chasseur Allié.
Cet avion suivit longtemps leur route et les B-24 laissèrent
retomber leur inquiétude concernant cet avion. Or, il semble que cet avion à
très haute altitude était un avion ennemi chargé d’observer
les formations de bombarder afin de les suivre, de les
localiser et surtout de renseigner les autres chasseurs
allemands dans les environs. Dès que les chasseurs d’escorte
américains commencèrent à quitter les B-24 pour
raccourcir leur route, les chasseurs ennemis Fw-190 du JG2
passèrent à l’attaque à partir de 13H00, de Montargis
(Loiret) à Brou (Eure-et-Loir). Les pilotes allemandes du
JG2, basés à Cormeilles-en-Vexin, revendiquèrent avoir
abattu 6 bombardiers le 07 Janvier 1944 entre Orléans et
Dreux entre 13H04 et 13H18. Voici le détail de ces
victoires:
![]() Fw-190 du JG2 et photo du Major Egon MAYER . Durant cette attaque, cinq B-24
furent abattus les un après les autres, s’écrasant à Vrigny
(Loiret), Trainou (Loiret), Fains-la-Folie (Eure-et-Loir),
Bouville (Eure-et-Loir) et Unverre (Eure-et-Loir).
Chute du B-24 n° 42-40747 à Vrigny (45) .
Localisation de la photo ci-dessus, au Sud-Est de Pithivier (45) . . LA CHUTE DU B-24 "BLUNDER BUS"A FAINS-LA-FOLIE Après avoir abattu les deux premiers B-24 au-dessus du Loiret, les chasseurs allemands poursuivirent leur attaque en prenant pour cible un troisième bombardier américain, le B-24 Nr 42-7593 du 389th BG, du 565th BS, portant le nom de « Blunder Bus ». L'attaque survient au-dessus de Chateauneuf-sur-Loire à 13h15. Le Fw-190 semble avoir été touché par les mitrailleurs du bombardiers mais un autre Fw-190 engage une seconde attaque. Trois des quatre moteurs sont touchés dont un en flammes. Le mitrailleur James DILLON est tué à son poste durant l'attaque. Le bombardier tente de poursuivre sa route mais, mortellement touché, le pilote ordonna finalement l’évacuation de l’appareil à une altitude de 10.000 pieds et l'appareil s’écrase finalement à Fains-la-Folie. Les rapports de l'époque furent imprécis puisqu'il localisèrent le lieux du crash vers Bazoches-les-Hautes, près d'Orgères (à 8 Km de Fains-la-Folie).
. Voici les membres de l’équipage :
B-24 n°42-7593 "Blunder Bus" (source: b24bestweb.com)
Un premier compte rendu des
autorités françaises de l'époque (Commissariat de Chartres)
précisa que 6 aviateurs sautèrent en parachute de cet "avion
anglais" (erreur commune à l'époque...). Un second rapport de la
gendarmerie de Châteaudun daté du 08 Janvier 1944 ajouta
qu'un des aviateurs américains fut découvert blessé et
capturé par les soldats allemands. Ce blessé fut conduit
immédiatement à l'hôpital d'Orléans pour y être soigné. Le corps de James DILLON fut
retrouvé dans la carlingue de l'avion et fut inhumé le 10
Janvier suivant au cimetière Saint-Chéron à Chartres
(Section 60 N°15).
Ainsi, le premier bilan révéla
un tué, un prisonnier blessé et 8 évadés.
Lors de l'évacuation du B-24, l'équipage fut séparé en deux groupes: - D'un coté, le bombardier Revis Léonard SMITH et le radio-opérateur Robert G. HAUGER se rejoingnent. - De l'autre, le restant du groupe est pris en charge par le réseau "Picours"
Le bombardier F/O Revis Leonard SMITH et le S/Sgt HAUGER atterirent dans un champ à l'Ouest d'Artenay, à 100 mètres l'un de l'autre. Leur évasion se fera ensemble. Ils se cachèrent immédiatement sous un bois, puis allèrent de bois en bois jusqu'à la nuit. Le lendemain, ils rentrèrent en contact avec un paysan qui leur donna des vêtements civils et restèrent cachés dans sa ferme durant 4 jours. Cet agriculteur est Marcel GIRAULT, connu sous le pseudo "Maxime" et propriétaire de la Ferme de Rue Neuve à Artenay. Un certain M. "SEVILLE" vint les chercher pour les emmener à Orléans où ils restèrent durant 15/16 jours. Ils furent cachés de maison en maison. De nouveau, ils furent cachés près d'Artenay puis restèrent 8 jours chez le boucher de Toury ("Gaston"). Ils furent ensuite transportés en train à Paris et prit en charge par M. et Mme Paul CHRISTOL. Ils resteront cachés dans leur appartement durant 7 semaines, au 4, Rue Edouard Quenu à Paris (Vème) . Ces derniers appartenaient au réseau d'évasion parisien nommé "Bourgogne" qui orientait les aviateurs rescapés vers l'Espagne. Ils rencontrèrent également "Geneviève", Mme Dorothée TARDIER, Cyril WATSON et M. HERRING. Un prête polonais leur offrit également ses services. Ils restèrent cachés à Paris durant 7 semaines, principalement chez Paul CHRISTOL. Genevière les emmena à la Gare d'Austerlitz où ils furent rejoints par deux autres aviateurs: Garret Georg Archie WHITEHEAD (pilote RAF du Halifax LL116 crashé le 21/01/1944 près de Lens) et Arthur JONES (mitrailleur américain dans le B-17 n° 42-40020 crashé le 08/02/1944 à Noyon). Tous les quatre seront accompagnés en train jusqu'à Toulouse, puis Pau. Ils se rendirent en bus jusqu'au village de Navarrenx (64), le conducteur étant le résistant Robert PITON (de Pau). Un homme vint les chercher en voiture et les emmena dans une maison en pleine montagne où ils furent cachés durant 3 jours avec d'autres aviateurs alliés (James Patton CLARENDON, Webber L. MASSON, S/Sgt Charles E. AITKINSON, Georg F. BENNETT, Philipp WARNER, Ils marchèrent durant deux jours et traversèrent la frontière espagnole le 29 Mars. Les policiers espagnols les conduirent à Pampelone où ils restèrent 18 jours dans un hôtel, puis deux semaines à Alhama, puis Madrid, Gilbraltar le 22 Mai 1944 puis enfin la Grande Bretagne (Bristol) le 27 Mai 1944.
. .
Le restant de l'équipage est pris en charge, dans un 1er temps, par le réseau Picourt qui commence à se mettre en place. Les aviateurs furent d'abord recueillis par un cultivateur d'Orgères-en-Beauce (Jean Baptiste LECUREUR). Le pharmacien chartrain et résistant Raymond PICOURT alla "récupérer" 6 aviateurs cachés à Orgères-en-Beauce (STRAYER, HIRSCH, THACKRAY, NOBLES, GILBERT et DONLEY) et un 7ème caché au Gault-Saint-Denis (le pilote Royce SMITH).
Le Lt THACKRAY fut notamment caché chez M. BOUQUET et les photos ci-dessous furent immortalisées durant ces quelques jours de Janvier 1944:
Francis G Tackray avec Mr Bouquet, Rue République à Chartres, peu avant son départ pour Paris (Photo Mr Bouquet)
.
.
Malheureusement, ils furent
pris dans une avalanche.Le Lt SMITH fut séparé du groupe et
réussit à se dégager après 4 heures d'efforts. Peu à peu, il
dégagea les autres aviateurs américains. Toutefois, le Lt
THACKRAY ainsi que les quatre accompagnateurs français
moururent étouffés.Ils se perdirent dans la Montagne et, au
bout du 3ème jour, ils atteignirent un petit village
français (non identifié). Là, ils furent arrêtés par la
Police Français qui était prête à les aider mais ils en
furent empêchés par la proximité d'une patrouille allemande. D’abord enterré en France, le
corps du Lt THACKRAY repose désormais au Golden Gate
National Cemetery à San Bruno (Californie).
. LA CHUTE DU B-24 "TROUBLE" A BOUVILLE Un quatrième B-24
fut ensuite touché de plein fouet par le Fw-190 d’Egon MAYER (as
allemand) et s’écrasa à la sortie Ouest du bourg de
Bouville. Ce
B-24 n° 42-41013 (Code tactique "RR-K+") du 389th BG du 566th BS
avait à son bord 10 aviateurs :
.
Rang du fond (de
gauche à droite): Same FLATTER, James Mc CONNEL, Lt HARRY,
Capitaine WILHITE, Rudy SALTIES, Harold SAUNDERS. Rang de devant
(de gauche à droite): Charles DENNY DEWITT, Max SNYDER, Roger
CAPLINGER, Robert SWEATT.
Major
Kenneth Marion CALWELL Pin-up du
« TROUBLE »
Major Kenneth Marion CALWELL avec un autre équipage (celui du B-24 "The Scorpion n°42-40629")
Le bombardier dénommé "TROUBLE"
(et piloté officiellement par le Capitaine WILHITE mais
réellement piloté par le Major CALDWELL) fut attaqué par des
Fw-190 lance-rocket à environ 21.000 pieds d'altitude et deux
projectiles touchèrent l'avion, l'un dans le cockpit, l'autre
dans l'aile droite. L'avion s'enflamma et quitta sa formation.
Voici le récit du seul survivant, le mitrailleur Robert SWEATT (venu à Bouville le 12 Janvier 2004) : « Nous avons largué nos bombes sur l’objectif et nous avons reformé la formation pour notre voyage de formation vers l’Angleterre. Le Major CALDWELL a ordonné de suivre une route plus courte pour rejoindre l’Angleterre… Un peu plus tard, le navigateur a informé le pilote que nous étions à 160 Km de notre route. A ce moment là, nous avons été attaqués par des chasseurs allemands Fw-190. Les attaques étaient si violentes et les éclats d’obus si importants que les membres d’équipage avaient peu de chance de s’échapper. Le bombardier reçut une roquette de plein fouet dans le cockpit, ce qui ralentit brutalement la vitesse de l’appareil. L’ensemble des aviateurs fut projeté vers l’avant et le vent s’engouffra dans la carlingue. Le nez de l’avion a plongé brutalement puis l’appareil est entré en rotation. L’accélération était si importante que j’avais l’impression de peser 200 kg. J’ai eu 6 secondes pour trouver mon parachute et le mettre alors que la force centrifuge rendait difficile mes mouvements. Mon camarade SAUNDERS (mitrailleur voisin) n’eut pas le temps de trouver son parachute et fut propulsé à l’extérieur de l’avion. Je vis mon camarade sauter dans le vide sans parachute. Alors que j’essayais de m’échapper par la fenêtre latérale, l’avion a explosé. J’ai été projeté hors de l’avion. Je ne pouvais pas tirer sur la poignée d’ouverture de mon parachute car mon bras gauche était paralysé. J’avais été touché au bras. J’ai découvert que j’avais d’autres blessures. Celle de mon cou m’a vraiment inquiété car je ne pouvais pas arrêter le sang. Lors de ma chute, je me crus aveugle car je ne voyais plus rien. En réalité, il s’agissait de mon masque à oxygène qui était remonté sur mes yeux. Retirant mes gants de vol avec les dents, je suis parvenu à tirer sur la corde d’ouvertures de mon parachute. Dès le moment où mes pieds ont touché terre, j’ai commencé à enlever mon parachute ».
Robert SWEATT (Collection R. SWEATT) . Au même moment, M. André PICARD,
agriculteur à Bouville, était en train de travailler dans son
champs au lieudit « les Fosses Blanches/ les Forvilles »
(Commune de Montboissier) à proximité du lieudit « Coulommiers »
par un temps glacial (fortes gelées blanches le matin du 07
Janvier 1944). En raison des basses températures, il portait
deux pantalons et deux vestes. Il put observer le combat aérien,
la descente du parachutiste et le crash du B-24. Aussitôt, le
parachutiste arriva au-dessus des Fosses Blanches et atterrit en
bordure d’un bois à proximité du lieu où travaillait M. PICARD.
Immédiatement, il habilla l’aviateur américain en lui donnant
des habits de civil qu’il portait, c'est-à-dire un de ses deux
pantalons, ainsi qu’une de ses deux vestes. Les Américains étant
bien souvent de grands gaillards, les habits donnés à la hâte à
Robert SWEATT étaient trop courts. A noter que Robert conserva
ses bottes d’aviateurs et qu’il avait différentes blessures
(éclats d’obus sur l’ensemble du visage, un autre dans un poumon
et un dernier dans le bras). « Peu après des gens m’ont
entouré et m’ont habillé en Français. J’étais très chanceux
parce que presqu'immédiatement la région a été couverte de
soldats allemands, de véhicules et d’avions dans le ciel. Un
soldat allemand a hurlé au groupe de Français d’approcher et il
leur a ordonné de ramasser les pièces de notre avion. J’ai saisi
un long morceau de métal et un Français a pris l’autre
extrémité. Son nom était DUPLANT. Il m’a sauvé la vie. Puis,
nous rapprochant du lieu où nous devions laisser les débris,
nous avons marché vers des taillis. J’ai laissé tomber mon
morceau de métal et j’ai couru me cacher. Je me suis
immédiatement recouvert de feuilles et je suis resté caché là
tout l’après-midi. Les Allemands n’ont pas cherché dans ce
secteur car ils l’avaient déjà fouillé plus tôt ». M. DUPLANT était agriculteur au
lieudit « Augonville » sur la commune de Montboissier, de
l’autre coté de la RN10 et les Allemands arrivèrent très vite du
fait de leur installation dans la Tour d’Alluyes (tour
d’observation et de Flak). En fin d’après-midi du 07 Janvier
1944, Messieurs Kléber et Moïse DUPLANT revinrent sur les lieux
avec une charrette chargée de foin afin de venir chercher
l’aviateur. Ils retraversèrent ensuite la RN10 sans difficulté
en direction d’Augonville jusqu’à la ferme de Mr DUPLANT où
Robert SWEATT fut soigné durant 8 jours dans une grange de la
ferme. L’aviateur eut rapidement de fortes fièvres en raison de
ses graves blessures et le Docteur DUBOCQUES vint à la ferme le
soigner. Dès que sa santé s’améliora,
l’américain fut transporté dans le bourg de Montboissier, chez
M. Lucien DUNEAU (réparateur de cycles) et, durant trois ou
quatre semaines, M. DUNEAU prit soin de Robert SWEATT. Le jour,
l’aviateur devait aller se cacher dans la grange et la nuit, il
était hébergé à l’intérieur de la maison (les Allemands
occupaient le château de Montboissier). Finalement, il semblerait que
l’aviateur ait été transporté jusqu’à la gare de Moriers où un
certain M. Alfred DEAUDEVILLE (demeurant à Maison-Alfort) prit
possession du « colis » pour l’emmener à Paris en train et
permettre son évasion via le réseau « SHELBURN ». «J’ai été placé chez d’autres
hommes de la résistance jusqu’à ce que je puisse voyager en
toute sécurité avec d’autres américains, jusqu’à PLOUHA. Le 23 Mars 1944, avec 17 autres
aviateurs, nous sommes partis de nuit. Les Français nous ont dis
que nous allions traverser un champ de mines et que nous devions
prendre garde aux patrouilles allemandes. Arrivés au bord des
falaises, les hommes nous ont dis de placer nos pieds sur les
épaules de l’homme qui était devant nous, pour descendre jusqu’à
la plage. Un silence strict devait être respecté car les
Allemands avaient des mitrailleuses positionnées sur les
falaises qui dominaient la plage. Une fois la plage atteinte,
les hommes ont marché dans l’eau jusqu’aux bateaux à rames. La
nuit était très sombre et l’eau d’un froid glacial. Nous avons
attendu pendant deux heures avant que les bateaux à rames
atteignent la plage en sécurité. Ils étaient tellement chargé
que l’eau passait par-dessus. Les marins britanniques ont ramé
pendant trois kilomètres jusqu’à l’endroit où était ancré la
vedette armée MGB 503. Le voyage a été très court parce
que nous avons navigué à pleine vitesse. En Angleterre, nous
avons été emmenés à Londres où nous avons été interrogés. Une
semaine plus tard, j’étais aux Etats-Unis. Après de courtes
vacances, j’ai été envoyé en Floride comme instructeur
mitrailleur aérien ». Robert SWEATT regagna ainsi
l’Angleterre le 23 Mars 1944
Robert SWEATT le 12 Janvier 2004 près de la plaque commémorative de Bouville
D'après les autorités françaises
de l'époque, on compta dans un premier temps deux morts.
Finalement, le jour même, les fouilles des décombres fumantes de
l'appareil ont mis en évidence la présence de 7 corps. Les
Allemands arrivèrent en camion transportant des cercueils vides,
mirent les corps calcinés des aviateurs dedans et partirent sans
plus d’explications. Ces corps furent transportés au cimetière
Saint-Chéron de Chartres et inhumés le 10 Janvier 1944. Le 17 Janvier 1944, deux nouveaux
corps non identifiés furent découverts à Bouville et inhumés au
cimetière de Saint-Chéron de Chartres.
Le 12 Mars 1944, à 10H00, Mr
BROUTIN, journalier au bourg de Bouville découvrit un cadavre
non identifié d'un aviateur américain dans le Bois de la
Barignière sur la Commune de Bouville. Ce corps était l'un
des aviateurs du B-24 tombé le 07 Janvier 1944 à Bouville. L'ensemble des corps des aviateurs
furent exhumés après la guerre pour rejoindre leurs camarades
dans les cimetières américains de Normandie (St-Laurent-sur-Mer)
ou de Belgique (Neupre) ou bien leur famille aux USA: Deux aviateurs furent inhumés au
cimetière américain de St-Laurent-sur-Mer : -
James J. McCONNELL (Plot D, Row 21, Grave 41)
- Harold L.
SAUNDERS (Plot D, Row 20, Grave 34) Deux autres aviateurs furent
inhumés au cimetière américain des Ardennes à Neupre en
Belgique :
- Samuel F.
FLATTER (Plot C, Row 9, Grave 53) -
Max J. SNYDER (Plot D, Row 38, Grave 9) A la demande de la famille, le
corps du Major CALDWELL fut rapatrié aux USA.
Le cinquième et dernier bombardier abattu fut le B-24 n°42-40990 du 93ème BG, 328th BS tombé au lieudit « Le Plessis » à Unverre, près de Brou. Il portait le nom de "ON THE BALL", avec le code tactique "CG-G".
B-24 42-40990 "On the Ball" . Voici les membres de son
équipage :
Le rapport américain précise que
les moteurs N°2 et N°3 étaient en feu, touchés par des
projectiles et l'avion se remplit de fumées. Le bombardier
sortit de la formation. A ce moment, des habitants d’Arrou
purent observer la chute du bombardier avec un moteur en feu, se
dirigeant vers l’Ouest. Le pilote ordonna l'évacuation de
l'appareil et le radio-opérateur (DEL GUIDICE) ouvrit la
porte de la soute. Le mécanicien fut le premier à sauter en
parachute, suivi du radio-opérateur (à 7.000 pieds d'altitude)
et des autres (le pilote sauta à 5.000 pieds). Le navigateur
Harmon SMITH sauta le dernier alors que les mitrailleurs étaient
toujours dans l'avion. Le Sgt STAINKER était prisonnier de sa
tourelle et les deux mitrailleurs latéraux (Elmer KUDEJ et
Vincent SWEET) tentèrent de le délivrer mais ne purent y
parvenir avant que l'avion n'explose à proximité du sol.
Les trois mitrailleurs périrent et
leurs corps furent retrouvés dans la carcasse du bombardier. Les
trois corps furent inhumés au cimetière Saint-Chéron (Section
N°60) à Chartres le 10 Janvier 1944 en même temps que les corps
des aviateurs du B-24 abattu à Bouville. Deux des trois corps furent
identifiés lors de cette inhumation : -
Elmer KUDEJ, tombe n° 51, section 60. -
Vincenz SWEET, tombe n°26, section 60. -
La 3ème tombe n° 52, section
60, non identifiée, peut être attribuée à John J.
STAINKER John.
Dans son rapport d’évasion, le pilote Lt Charles W. WALTERS indiqua que son appareil fut prit en chasse par des Me-109 à son retour de mission, près de Chartres. Le moteur n°2 s’enflamma et l’incendie commença à se répandre à l’aile entière. L’appareil descendit à 15.000 pieds pour tenter d’éteindre le feu mais, puisque cela échoua, il donna l’ordre d’évacuer l’appareil. Il vit sauter le mécanicien, le radio-opérateur puis le co-pilote puis sauta à son tour par la soute à bombe à 3.000 pieds d’altitude. Lors de sa descente, il observa un autre parachute et vit son appareil s’écrasa à 200 yards du lieu où il atterrit. Il prit son parachute et courut
vers un bois où un groupe de jeunes garçons le suivit. Il
enterra son parachute et les jeunes français lui firent
comprendre qu’il devait encore continuer à courir. Il courut
jusqu’à un ruisseau puis vit deux hommes venir à sa rencontre
qui l’emmenèrent dans une ferme. Des vêtements civils lui furent
donnés. Ils surveillèrent les abords de la ferme car il se
disait que les Allemands effectuaient leurs recherches en avion
en effectuant des cercles dans le ciel. Lors de l’après-midi, il
y eut de nombreux visiteurs à la ferme mais il ne parla avec
aucun d’eux. Il partit en bicyclette avec deux
français dans un petit village et, dans une maison, il retrouva
le co-pilote, le Lt BICKLEY. Ils restèrent seuls dans une pièce
durant une heure puis, de nuit, ils furent déplacés dans une
autre maison où ils rejoignirent les Sergents HITE et DEL
GUIDICE. Ils passèrent le restant de la nuit dans cette maison
puis furent longuement interrogés au petit matin par un
français qu’ils n’avaient pas vu auparavant.
Lt Walter W. WALTERS (droits réservés) En réalité, les membres d'équipage WALTERS, BICKLEY, DEL GUIDICE et HITE atterrirent en divers endroits de Brou et furent pris en charge immédiatement par la résistance locale (Maurice VOULEZAUD). Devant l'urgence, Ils furent regroupés dans une maison de Brou jusqu'à la nuit tombée, où ils reçurent des vêtements civils. Le lendemain, ils furent transportés à Courtalain où ils rencontrèrent la femme d'un médecin qui les emmena ensuite à Paris. Le 1er jour, ils furent logés ensemble chez M. PHILIPPE (Avenue Friedland) puis ils furent séparés le jour suivant pour se retrouver le 3ème jour chez M. André et Paulette LEFEVRE, marchandsde vin, au 29 Rue Hoche à Juvisy-sur-Orge. Léon et Amélie MILLEREAUX (30, Rue Pasteur à Juvisy-sur-Orge) s'occupèrent d'eux et, le 27 Janvier, ils retournèrent à Paris où ils restèrent chez le Docteur Alice WILLM (51, Rue Miromesnil à Paris) jusquà ce que Geneviève (SOULIER) leur remette leur fausse carte d'identité. Ils partirent pour Toulouse puis changèrent de train pour Pau où ils passèrent la nuit dans différentes maisons, puis continuèrent jusquà Bielle. Ils rencontrèrent leur guide ("Léon") qui les conduisit dans une cabane dans les collines où ils furent rejoints par un groupe de jeunes maquisards bien armés mais désorganisés, sans chef. Entre temps, Léon revint à Pau et fut arrêté. Les aviateurs errèrent durant deux semaines dans les collines jusqu'à un homme nomme "Baptiste" vint et les emmena dans une ferme appartenant à deux frères, près de Bedous. Le lendemain, ils partirent pour l'Espagne. Ils suivirent la voie ferrée et furent rejoints par d'autres ressortissants, portant le convoi au nombre de 21 hommes. Le guide nommé "Tino" les conduisit durant deux jours au travers des montagnes jusqu'en Espagne, près HECHO. Ils prirent ensuite le bus jusqu'à JACCA où ils furent arrêtés par la police espagnole. Incarcérés quelques jours dans la prison de Sarragosse, ils furent définitivement pris en charge par l'attaché militaire britannique.
T/Sgt DEL GUIDICE Louis E (à droite avec son épouse
Lili et son neveu)
De leur coté, il semble que Jack D. GEORGES (le bombardier) et Harmon SMITH (le navigateur) aient été séparés du restant du groupe survivant lors de leur saut en parachute. Les deux aviateurs se retrouvèrent la nuit suivante. Ils furent ensuite accueillis par le même résistant local (M. VOUZELAUD) mais leurs camarades avaient déjà quitté la région. Après dix jours cachés chez M. VOUZELAUD, ils furent transportés à Paris. Toutefois, lors de leur périple vers l'Espagne, ils furent capturés par les Allemands vers Toulouse le 24 Février puis emprisonnés à Fresnes le 1er Mars puis dans le camp de concentration Stalag Luft 3 jusqu'à la fin de la guerre.
2nd Lt
Harmon SMITH (collection Laurent Ménager) et photo prise après
sa libération (début Mai 1945)
Jack D. GEORGES (collection Laurent Ménager)
Rapport allemand de la capture du 2nd Lt Jack GEORGES (source: NARA)
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29/09/2024 |
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