Traduction

Depuis sa création en 1996, l'Association FORCED LANDING a pour objectif d'honorer la mémoire de tous les aviateurs qui ont combattu (et souvent donné leur vie) durant la seconde guerre mondiale pour repousser l'occupant nazi et redonner à la France sa liberté. Notre travail se concentre sur le Département de l'Eure-et-Loir (28).

 


LA JOURNEE DU 07 JUIN 1944

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Le violent bombardement de la gare de châteaudun

Dans la nuit du 06 au 07 juin 1944, vers 02H00, la gare de Châteaudun fut violemment bombardée par des Lancaster et Halifaxde la RAF, tuant 21 personnes. On dénombre environ 500 bombes de 250 Kg. Le quartier de la gare est littéralement détruit.

Détail de ce bombardement

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Le crash du Halifax MZ619 

Le bombardier Halifax III MZ619 (Code LK-M) du 578 Squadron participe au bombardement de la gare de Châteaudun lorsqu'il rencontre des difficultés à 02H31, au-dessus de l'objectif. Dans des circonstances inconnues, il s'écrase avec son équipage près de la voie ferrée entre Jallans et Lutz-en-Dunois, à l'Est du terrain d'aviation de Châteaudun. Tout l'équipage trouva la mort dans le crash. Leurs dépouilles reposent désormais au cimetière de Villeneuve-St-Georges (94).

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Pilote Arthur Alfred WALLER (matr. 1337807) Tué
Radio opérateur Stanley Eric MOSS (matr. 1449858) Tué
Navigateur George Robert ARMSTRONG (matr. 991466) Tué
Bombardier Robert Horace BROUGH (matr. 1544100) Tué
Bombardier Owen Frederick SISLEY (matr. 1398598) Tué
Mitrailleur David Richard TAYLOR (matr. 1892039) Tué
Mitrailleur James TAYLOR (matr. 2211923) Tué

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Les pertes du 355th FG le 07 Juin 1944

Le matin du 07 Juin 1944 fut le théâtre d'une importante bataille aérienne impliquant le 355th Fighter Group qui perdit 5 appareils dont quatre en Eure-et-Loir.

A 06H54, une vingtaine de P-51 du 357th FS/355th FG décolle de leur base anglaise de Steeple Morton pour une mission de bombardement dans les environs de Rambouillet et dans le Nord-Est de l'Eure-et-Loir.

Lors de la traversée de la Manche, les pilotes Mc FARLANE, GUERRANT, HOLLMAN et DEBACKER du Flight "jaune" furent séparés de leur escadrille en raison des nombreux nuages mais ils descendirent ensuite à 2.000 pieds d'altitude (600 mètres) et réussirent à rejoindre leur formation.

En arrivant dans la région de Rambouillet, vers 08H20, les P-51 repérèrent leurs objectifs et commencèrent leurs bombardements tactiques à tour de rôle, le Flight "bleu" larguant en premier ses bombes sur un train.

Au même moment, les autorités françaises de l'époque relevèrent, à approximativement 08H30, le bombardement de la gare d'Aunay-Tréon (Sud de Dreux) et de ses réservoirs d'essence, blessant une personne.

Mais, très rapidement, le 357th FG fut interrompu dans sa mission en raison de l'arrivée de chasseurs allemands dans les environs...

Suite au débarquement des alliés sur les côtes normandes, de nombreuses escadrilles de chasse allemandes attachées initialement à la défense du Reich furent mobilisées pour se rendre sur le nouveau front de l’Ouest dans les plus brefs délais afin de renforcer les forces aériennes sur place et contrer les alliés.

Les pilotes allemands du I./JG11 basés à Rotenburg (Allemagne) reçurent également cet ordre le 06 Juin 1944 avec comme destination la base aérienne de Rennes. Après avoir fait une étape à Bonn/Hangelar pour passer la nuit, les pilotes redécollèrent vers 06H30 en direction du Mans où les appareils devaient être ravitaillés avant de reprendre leur vol pour leur objectif final, Rennes.

Après avoir survolé la région parisienne, les 25 chasseurs allemands Fw-190 du I./JG11 croisèrent à 08H20 la route d'une vingtaine de chasseurs américains, en l’occurrence ceux du 355th FG, 357th FS...

Les Allemands bénéficièrent de l'effet de surprise et surtout de réservoirs quasiment vides, ce qui les allégeait considérablement (et facilitait les manœuvres en plein combat aérien). Une violente bataille aérienne s'en suivit juste sous les nuages à 600/700 mètres d'altitude.

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Le crash du P-51 du 2nd Lt Thomas FOSTER

Dès le début du combat, l'Oblt ENGAU du 2./JG11 prit pour cible un P-51 qui reçut plusieurs coups fatals. Le chasseur américain s'enflamma aussitôt avant de disparaître en remontant dans les nuages. Quelques secondes plus tard, il en ressortait, filant tout droit vers le sol. Ses armes fonctionnaient pleins feux vers le sol. Les flammes faisaient-elles exploser les balles? Le pilote était-il mort avec le doigt actionnant ses armes? Le pilote allié ne put s'éjecter de son appareil.

De toute évidence, ce P-51 mortellement touché par l'Oblt ENGAU était celui du 2nd Lt Thomas Jay FOSTER (matr. 0-758189). Le P-51 n°42-106742 (code « OS-G ») s'écrasa dès le début des hostilités à 08H25, sur le territoire de la Commune de Sainville, près d’Auneau.

Rapport MACR n°5521 (P-51 du Lt Thomas FOSTER)

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Un rapport allemand localisa formellement le lieu du crash et précisa que ce Mustang était détruit à 100% et le corps du pilote fut retrouvé dans l'appareil.

Le Lt Lieutenant Edward McNEFF (leader du Flight "bleu") fut témoin du crash de son camarade qui appartenait au même Flight (4ème position).

Il précisa que le Flight "bleu" venait d'exécuter sa mission de bombardement en piqué sur un train quand il aperçut le P-51 du Lt FOSTER, brûlant au sol. Aucun message radio ne parvenait de son avion.

  

 2nd Lt Thomas.J.Foster (collection privée) et rapport allemand du crash du P-51 du Lt FOSTER

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2nd Lt Thomas J. FOSTER (source: Site Datamemoire.eu)

Le corps du 2nd Lt Thomas FOSTER repose désormais au cimetière militaire de Colleville-Sur-Mer (Plot C, Row 4, Grave 44).

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La perte du P-51 du Lt Harwood N. HARREL

Face à la supériorité numérique des chasseurs allemands, les P-51 mirent à profit le plafond bas de nuages afin de se réfugier. Ainsi, le Lt DEBACKER vit immédiatement ces chasseurs ennemis et tenta de prévenir McFARLANE mais la radio de ce dernier semblait hors-service.

Le Lt DEBACKER largua ses deux bombes qu'il n'eut pas le temps d'utiliser au-dessus de l'objectif afin de s'alléger au maximum et grimpa rapidement se cacher dans les nuages. A ce moment, le Lt HOLLMAN était derrière lui.

Le Lt HENDRICKSON (du Flight "rouge") en fit de même et constata qu'il était suivi du Lt GUERRANT qui transportait encore ses bombes. Le Lt DEBACKER ressortit des nuages après quelques secondes et constata que deux assaillants allemands étaient toujours là derrière lui. Sans hésiter, il retourna dans les nuages pour y demeurer durant cinq longues minutes. En quittant la nappe de nuages, les chasseurs ennemis avaient été semés, il tenta de contacter ses camarades mais ne reçut aucune réponse. Il rentra seul à sa base en Angleterre.

En six minutes, trois pilotes allemands supplémentaires revendiquèrent chacun une victoire: l'Obfhr PFAFF, le Fw RITSCHEL et l'Oblt HIEDL.

Le Lt Edward McNEFF (le leader du Flight "bleu") fut également le témoin d’un second crash, celui du Lt Harwood N. HARREL (matr. 0-692677, surnommé "Max"), en deuxième position dans le Flight "bleu". Il effectuait alors sa 6ème mission.

Le Lt McNEFF précisa qu'après le bombardement en piqué d'un train allemand, le Flight exécuta deux passages de mitraillages sur l'objectif. A ce moment, vers 08H30, le Lt HARREL contacta son leader par radio pour l'informer que son moteur était défaillant et qu'il prenait dès maintenant le chemin du retour vers l'Angleterre. En effet, le Lt Harwood N. HARREL (matr. 0-692677, 20 ans) avait tiré sur une voiture remplie de munitions, ce qui ne manqua pas de faire exploser cette dernière.

 

    

Lt Harwood N. HARREL (Collection William MARSHALL)

 

En passant au-dessus du véhicule des éclats atteignirent son moteur et l'endommagèrent. Quelques secondes après son premier appel-radio, il ajouta qu'il venait de se poser son P-51 n° 43-6886 (code « OS-E ») sur le ventre dans un champ de blé à Prunay-en-Yvelines, près du hameau de « La Chapelle » et qu'il était sain et sauf.

Il heurta et cassa à l'atterrissage un poteau en ciment d'une ligne électrique puis 'laboura' avec son radiateur ventral le sol sur une trentaine de mètres et s'arrêta.

Rapport MACR n°5507 (P-51 du Lt Harwood N. HARREL)

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L'évasion du Lt Harwood N. HARREL

Le pilote se cacha dans le bois de la carrière des Acacias non loin, toute la journée. Un fermier, M. Durrandet, du hameau de Villers, voulut lui apporter de la nourriture mais le pilote l'en dissuada. Le soir venu, deux docteurs de la Résistance, M. Desplanques d'Ablis et M. Carlotti d'Auneau réussirent à le convaincre et le cachèrent à Auneau durant quatre jours. Les allemands, semble-t-il, ne découvrirent l'avion que plus tard, peut-être même le lendemain, vraisemblablement dû à la chute de son équipier abattu non loin qui accapara certainement leur présence. Il est possible aussi que la topographie du point d'atterrissage derrière les petits bois, les nuages bas de la météo et la hauteur des blés l'ont fait passer inaperçu, vu de la RN10.

L'avion était intact et, curieusement, les Allemands ne s'y intéressèrent pas davantage.

Un rapport allemand du Fliegerhorstkommandantur E(v) 204/XII de Chartres au Gefangevernehmungsstelle Chartres indique que « la chute du Mustang eu lieu le 7 Juin 1944 vers 21H00, à 2,5 km à l’Ouest d’Ablis, 22 km à l’Est de Chartres. L’équipage est en fuite et l’appareil est détruit à 20%. Il porte un marquage « OS-étoile-E avec le n° 36886 (en rouge) sur la queue. Cause de la chute : probablement la Flack. Sur le coté gauche, on trouve peint le nom du pilote, le Lt FULLER. Sur le coté gauche du moteur, on a également peint en blanc le nom « MYRT » ».

L’appareil ne sembla pas avoir attiré l’attention des autorités allemandes et il fut peu à peu dépecé par les habitants du coin durant tout l'été.

 

Epave du P-51 du Lt HARREL (collection Pierre ROBILLARD)

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Habillé de vêtements de civil, le Lt HARREL fut, durant de longues semaines, transporté en bicyclette d'un foyer à un autre pour ne pas être repéré par les Allemands, notamment à Normanville. Finalement, le 27 Juin 1944, il fut emmené secrètement au camp de Frèteval, dans la forêt où les résistants cachèrent durant toute la bataille de Normandie environ 150 aviateurs alliés tombés dans les environs. Il fut libéré le 13 Août 1944 lors de l'arrivée des troupes terrestres américaines à Fréteval. Le pilote américain rentra directement aux Etats-Unis puis fut longuement interrogé par les services de renseignements américains.

Puisqu'il connaissait les noms de la résistance française, il présentait désormais un danger pour les réseaux d'évasions et il fut consigné à rester aux USA durant tout le restant du conflit.

Rapport d'évasion du 2nd Lt Harwood HARRELL

Camp d'évasion de Fréteval

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La perte des P-51 des Lt HOLLMAN et McFARLANE

Lors du crash du P-51 du Lt HARREL, le combat aérien se poursuivit et les P-51 tentèrent de semer leurs assaillants dans les nuages. Ainsi préoccupés, les pilotes américains se perdirent de vue et ne purent observer le devenir de leurs camarades. Ce n'est qu'en atterrissant à leur base en Angleterre qu'ils purent comptabiliser leurs pertes.

En plus des Lt FOSTER et HARREL, ils purent constater la disparition des Lt McFARLANE, HOLLMAN et GUERRANT.

Un rapport allemand indique que le P-51 n°43-6916 (Code "OS-F") du Lt Nils HOLLMAN (matr. 0-693209) s'écrasa à St-Ange-et-Torcay et que le pilote fut tué sur le coup. Il fut enterré dans le cimetière communal.

Rapport allemnd du crash du P-51 du Lt Nils HOLLMAN

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Lt HOLLMAN (Source : IWM).

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Rapport MACR n°5508 (P-51 du Lt Nils  E. HOLLMAN)

Le corps du Lt Nils E. HOLLMAN  repose désormais au cimetière américain de Colleville-sur-Mer (Plot B, Row 3, Grave 33).

Le lieu du crash du P-51 n°42-7039 (Code "OS-S") du Lt Walter E. McFARLANE demeure indéterminé. Toutefois, ce dernier fut fait prisonnier et fut emprisonné dans le Stalag 7.

Rapport MACR n°5509 (P-51 du Lt Walter E. McFARLANE)

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Et enfin, le P-51 (Nr 42-106810) du Lt John GUERRANT fut retrouvé près d'Acquigny (Eure) avec son pilote mort à bord.

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Les revendications allemandes

L'Oblt Fritz ENGAU touche un des P-51 (très certainement celui du Lt FOSTER) qui s'écrasa avec son pilote, le long d'une petite route orientée Est-Ouest, traversant une zone de petits lacs et d'étangs. Le pare-brise du Fw-190 étant maculé d'huile provenant du P-51 endommagé, l'Oblt ENGAU abandonna le combat et dut se rendre sur le terrain d’aviation de Dreux avec quelques-uns de ses camarades pour faire le plein de carburant.

Trois autres victoires sur des P-51 furent revendiquées à 08H00 par l'Obhr. PFAFF, le Fw RITSCHEL et l'Oblt HIEBL.

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Le bombardement systématique des gares

08H30: Bombardement de la gare et des réservoirs d'essence d'Aunay-Tréon (Sud de Dreux). 1 blessé.

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10H20: Deux bombes sont tombées sur une partie de l'usine Grosdemouge (métallurgie) à Dreux. Pas de victime, dégâts légers.

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10H30: Bombardement de Nogent-le-Rotrou par dix chasseurs-bombardiers. Trois immeubles sont détruits et 25 autres sont endommagés.

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12H30: Bombardement de la gare de Magny. 12 bombes sont larguées, six immeubles sont détruits et deux autres sont endommagés. La gare est complètement détruite ainsi que les maisons et ateliers voisins. On compte six blessés.

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14H30: un convoi de matériel allemand , se trouvant à la sortie de la ville de Nogent-le-Rotrou, a été attaqué à la mitrailleuse par une dizaine d'avions anglo-américains. Deux véhicules chargés d'essence ont pris feu. Aucune victime, ni dégât.

Cette attaque est très certainement celle des P-51 du 352nd FG qui attaquèrent un convoi vers 14H00 dans la même zone. Le P-51 n°43-24845 du Lt Robert Lloyd HALL du 352nd FG, 487th FS fut touché par une flak légère située à l'arrière du convoi. Il s'écrasa à St-Cosme-en-Varais (72), à 15 Km au Sud-Ouest de Nogent-le-Rotrou. Le pilote trouve la mort.

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Bombardement de la gare d’Authon-du-Perche

Le 07 Juin à 14H15, la gare d’Authon-du-Perche est prise pour cible par 5 chasseurs-bombardiers à très basse altitude qui n’hésitent pas à bombarder un train en gare. 30 wagons de munitions sont atteints et brûlent.

Des convois de munitions étaient stockés régulièrement un peu partout dans les gares françaises à proximité des côtes afin d’anticiper un éventuel débarquement. Selon un habitant du village qui communiquait avec Londres via une radio, cette mission de bombardement était organisée et prévue pour 13H20 le 07 Juin 1944.

Il vit sept chasseurs anglo-américains passés une première fois au-dessus du convoi à l'heure prévue, ce qui laissa le temps aux habitants de gagner les tranchées ou la campagne. Puis les rafales de mitrailleuses commencèrent. Après quelques passages, les wagons commencèrent à s'enflammer puis les premières explosions se firent entendre. Des morceaux de ferrailles et des paquets de poudres furent projetés à plus de cent mètres, ce qui propageait l'incendie aux maisons mitoyennes. Les explosions s'intensifièrent au fur et à mesure, projetant désormais des débris dans un rayon de deux kilomètres. Un épais nuage noir s'élevait au-dessus de la ville. A la fin de l'attaque, les habitants purent constater que tout le quartier de la gare était en feu. La cidrerie (aujourd'hui le garage PILLET) brûlait en partie, la scierie et ses stocks aussi, ainsi que quelques maisons de particuliers. Les pompiers d'Authon, de Beaumont, La Bazoche, et de Soizé furent mobilisés pour éteindre ce brasier. Les habitants formèrent des chaînes pour circonscrire l'incendie. Le haut du silo prit feu. L'incendie de la scierie dura toute la journée et la nuit suivante. Pendant plus de dix jours, on ne put approcher le train de munition encore fumant avec quelques explosions occasionnelles. Par chance, le bombardement ne fit aucun mort mais, le dimanche 18 Juin, trois jeunes authonnais qui voulaient récupérer un obus le firent exploser entre leurs jambes. Ils furent gravement blessés.

Gare d'Authon-du-Perche avant et après le bombardement du 07 juin 1944

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Fait quelque peu troublant, les Chasseurs-bombardiers P-51 du 355th FG opéraient au même moment dans les environs. On peut donc relier, sans trop de risques, ces deux évènements. Voici le détail de cette mission du 355th FG :

Après un début de matinée meurtrier pour le 355th FG qui perdit 4 appareils dans les environs d'Auneau, les P-51 du 354th FS se voient attribuer une nouvelle mission au-dessus de la France.

A 10H32, les chasseurs américains décollèrent de leur base en Angleterre et exécutèrent leur mission principale (bombardement d’un pont non identifié). Une fois cette mission accomplie, les P-51 furent autorisés à effectuer des attaques aériennes sur des objectifs secondaires d’opportunité.

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Le crash du P-51 du Lt Robert D. COUTURE

Le 2nd Lieutenant COUTURE appartenait alors au Flight "Falcon bleu" conduit par le Major ENCHEMAN. Vers 14H15, le Flight "Bleu" pris alors pour cible un convoi de camions et de tanks stoppé sur une route. Le ciel était plutôt bien dégagé, avec assez peu de nuages. Après avoir marqué deux cercles autour de l'objectif, tous les Mustang plongèrent ensemble sur des véhicules. Lors du premier passage, le Lt Richard C. CROSS réussit à atteindre sa cible. Il constata sur sa droite la présence un emplacement de DCA, ralentit puis tourna sur sa droite et fit pleins feux sur ce nouvel objectif. L'ailier du  Lt CROSS prit pour cible un train et l'endommagea. Un camion sortant de la ville voisine fut également attaqué. Les P-51 tournèrent dans le ciel de Nogent-le-Rotrou lorsque la DCA (20 mm) rentra en action. Lors de l'attaque d'un pont près de la ville, le Lt CROSS perdit de vue le 2nd Lt COUTURE. Les appels par radio restèrent sans réponse.

En réalité, le P-51 n°43-6895 (Code "WR-P") du 2nd Lt Robert D. COUTURE fut gravement endommagé par un tir de la DCA de Nogent-le-Rotrou et son moteur montra vite des signes de faiblesses.

     

 Lt Robert D. COUTURE (Photo Robert Couture et Jean PIERRE)

M. MATHIEU, témoin du crash qui a lieu à Vichères, précisa que le chasseur américain volait à très basse altitude avec un ronflement de moteur irrégulier indiquant de graves problèmes mécaniques. 800 mètres plus loin, l'appareil se posa sur le ventre dans un pré au Sud-Est de la ville. L'avion avait 6 croix gammées sur le ventre.

   

 P-51 n°43-6895 du 2nd Lt Robert D. COUTURE

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. Rapport MACR n°5565 (P-51 du Lt Robert COUTURE)

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Après le crash, le témoin courut sur les lieux et découvrit un pilote américain à 50 mètres de la carcasse. Ce pilote était un jeune homme avec un pantalon kaki, une veste en cuir, un casque à la main gauche, un important paquetage et une légère blessure au front. Il ne parlait pas le français. Mr MATHIEU aidé d'un autre homme recueillit l'aviateur, le cacha dans un pré où l'herbe était très haute et revint le chercher à la nuit tombante pour le remettre au réseau d'évasion local.

Le pilote demeura caché dans une ferme durant six jours afin de récupérer de ses blessures. Le 2nd Lt Robert COUTURE (matr. 0-758948) fut ensuite transporté au Sud de la ville de Cloyes, dans la Forêt de Fréteval où la résistance française avait installé deux camps d'accueil des aviateurs alliés tombés dans les environs. Ce camp fut mis en place sous le nez des Allemands qui n'en surent rien du tout et qui accueillit jusqu'à 150 aviateurs durant tout l'été 1944, en attendant de la libération de la région par les troupes terrestres.

Le Lt COUTURE figue parmi la liste des aviateurs cachés à Fréteval et libérés par les troupes Américaines le 13 Août 1944.

Camp d'évasion de Fréteval

 

Témoignage de Maurice Mathieu :

« Je l’ai vu passer, j’étais dans la cour des Maisons Rouges, je me disais « Tiens un avion américain ! » il volait très bas, le moteur ne tournait pas rond et une seconde plus tard, je l’ai entendu s’écraser.

J’ai vu en arrivant que l’avion avait tapé le sol, les hélices cassées et qu’il se trouvait dans le sens inverse de son arrivée puis j’ai aperçu un jeune homme qui traversait la haie, casque à la main.

Je lui demandai « vous êtes tout seul ? ». Il ne me comprenait évidemment pas, donc je suis monté sur l’avion et j’ai vu qu’il n’y avait de la place que pour une personne. Monsieur Marcel Rousseau qui était dans son jardin, a vu aussi que l’avion était tombé et nous a rejoins. Nous sommes immédiatement allés cacher le pilote près de la gare, dans les hautes herbes.

Il était blessé au front et avait du mal à marcher. Il était environ 14h30. Une fois le pilote à l’abri, M. Rousseau décida de revenir le chercher à la nuit pour l’emmener aux carrières de Touchebrault.

Entre temps, il irait demander l’autorisation au propriétaire. Avant de partir, il présente sa montre au pilote afin de  lui expliquer qu’il reviendra vers 22 heures et surtout de rester ici car il est bien camouflé.

Lorsque nous sommes revenus, un peu avant la nuit, il était toujours là. Nous l’emmenons à travers champs à la ferme de Touchebrault, je lui portais son parachute et son barda. Nous arrivons après une petite heure de marche. Je n’ai plus eu de nouvelles de lui jusqu'à la fin de la guerre. Deux ou trois heures après  son accident, esl Allemands sont venus car la sentinelle du Château Saint-Jean avait observé l'avion en difficulté se dirigeant vers Vichères. Une voiture s'arrêté à  Brieure et les Allemands questionnèrent les habitants qui répondirent qu'ils n'avient rien vu. L'épave fut retrouvée et le lendemain, ils revinrent pour enlever les mitrailleuses et essence. Le samedi, comme bien d'autres, je fus convoqué à la Kommandantur. Avant de m'y rendre,  M. ROUSSEAU de Tonchebrault me pria de ne rien dire de peur des représailles: perquisitions, ferme brûlée, ... Je lui réponds de ne pas s'inquiéter. Les Allemands se doutaient que le pilote était encore à Vichères, d'auant plus qu'ils avaient remarqué qu'il y avait quelques gouttes de sang dans la carlingue. A l'interrogatoire, j'ai dit que je n'avais rien vu et que, de toutes façons, j'étais parti à la Forge de Beaumont. J'aurais pu être inquiété car, auparavant, je ne m'étais pas présenté au recensement du STO mais l'affaire s'arrêta là».

(Photo M. Maurice MATHIEU)

 

Le 2nd Lt Robert COUTURE (matr. 0-758948) quitta Vichéres en bicyclette en compagnie d’Emile Maquaire pour se rendre au lieu dit « La Hurie ». Il sera caché chez la famille Houpillard, où il restera 6 jours. Puis, il rejoindra la Forêt de Fréteval où la résistance française avait installé un camp d'accueil pour les aviateurs alliés tombés dans les environs.  Le Lt COUTURE fut libéré avec ses camarades par les troupes terrestres américaines, le 13 Août 1944.

 

Témoignage de Bernadette HOUVET (née Rousseau) :

« Je n'ai pas immédiatement su qu'un pilote était caché chez nous. J'avais 11 ans et mes parents avaient préféré gardé le secret. Pourtant, très rapidement, je l'ai découvert car il était alité dans une de nos chambres. Ses blessures nétaient pas graves mais il avait de la fièvre. Le lendemain de son arrivée, mon père le cacha de l'après-midi jusqu'au soir dans les carrières car les Allemands, à sa recherche, patrouillaient dans les environs. L'alerte passée, il rentra chez nous. Je me souviens de son extrême méfiance pour prendre ses médicaments. Puis, ce fut ma communion. Les invités présents savaient que nous cachions le pilote. Par prudence, mon père chercha à prendre contact avec la résistance pour l'évacuer".

Bernadette HOUVET (11 ans) avec Robert COUTURE

avant son départ de la ferme de Touchebrault

 

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Témoignage du 2nd Lt Robert D. Couture :

« J’avais 18 ans et venais tout juste de sortir du collège, quand je me suis engagé dans une école d’aviation pour devenir pilote. L’instruction comprenait 12 mois de cours dont des demi-journées d’entraînement au pilotage.

J’ai été diplômé Pilote le 3 novembre et envoyé à Barton, en Floride pour ma formation sur P-51 Mustang. En février 1944, nous quittons New York, sur le paquebot « New Amsterdam », pour l’Angleterre que nous rallions 7 jours plus tard. Nous avons été affectés à la base de Steeple Morden. Notre principal travail était l’attaque des convois.

Le jour J, jour du débarquement des troupes alliées en Normandie, nous avons effectué trois sorties, nos missions consistaient à survoler, en couverture haute, la plage d’Omaha ;

Le jour suivant, le 7 juin avec seize P-51, nous étions en mission de recherche afin de détruire tout ce qui était allemand, montant vers les plages.

Au troisième passage, j’ai été atteint par des éclats d’obus qui ont pénétré mon poste de pilotage et endommagé mes commandes. Je n’avais pas d’autres choix que de sortir de la formation et poser mon P-51, le plus loin possible de la zone de combat.

Mon souvenir du crash est de m’être éloigné de mon avion et de courir vers Vichéres, où des hommes vinrent à ma rencontre. J’ai passé la nuit du 7 juin dans une grange aux alentours de Vichéres.

Le soir suivant, on m’a emmené dans un champ (carrières) et laissé seul jusqu'à ce qu’un vieux monsieur vienne me chercher pour rejoindre la ferme de Marcel Rousseau. Je suis resté avec la famille Rousseau 5 jours ».

 

Robert COUTURE et ses logeurs en 1969 (Photo AFEES)"
De gauche à droite : Mr et Mme Rousseau, Père Echard, Bernadette Houvet, Couture, Percy, Dominique, Mr Houvet et Philippe.

 

 

Mademoiselle MALVOS, assistante sociale à Nogen-le-Rotrou, le signala à la résistance. Un point de ralliement fut convenu et Emile MAQUAIRE se rendit à La Hurie, en vélo, pour prendre en charge le pilote habillé en civil. Robert COUTURE se resté 5 jours à la ferme de Touchebrault.

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Bombardement de la gare de Dreux

A 19H00, la journée du 07 juin 1944 se termina par un bombardement de la gare de Dreux par 10 chasseurs-bombardiers à très basse altitude. 7 bombes sont larguées entraînant 4 blessés, 3 immeubles détruits (dont la gare et la bijouterie) et 5 endommagés.

De même, à19H30, un train de munition se trouvant en gare de St-Aubin St-Luperce a été mitraillé et a été complètement détruit. Pas de victime mais des dégâts aux immeubles environnants.

 

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