Traduction

Depuis sa création en 1996, l'Association FORCED LANDING a pour objectif d'honorer la mémoire de tous les aviateurs qui ont combattu (et souvent donné leur vie) durant la seconde guerre mondiale pour repousser l'occupant nazi et redonner à la France sa liberté. Notre travail se concentre sur le Département de l'Eure-et-Loir (28).

 


LE CRASH DU LT WILLIAMS LE 26 MARS 1944

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En Février 1944, l’état-major de l’USSAF fit un constat simple : Les chasseurs américains sont chargés principalement d’escorter et protéger les formations de bombardiers. A l’inverse, la Luftwaffe conserve sa force de combat en n’engageant le combat que lorsque la situation lui est totalement favorable.

Or, l’organisation du débarquement en Normandie en Juin 1944 oblige à détruire cette force d’opposition allemande : la destruction de la Luftwaffe n’étant pas possible dans les airs, les chasseurs allemands recherchés et détruits au sol.

C’est dans ce contexte que, le 15 Mars 1944, seize volontaires de quatre groupes de chasse différents formèrent une nouvelle escadrille provisoire de P-47 nommée « Bill’s Buzz Boys », chargée d’améliorer la technique d’attaques au sol. Le P-47 fut choisi en raison de sa formidable puissance de feu et ses huit mitrailleuses (contre quatre pour les P-51B).

Le Lt Kenneth R. WILLIAMS du 355th FG (358th FS) faisait partie de ces 16 volontaires : Mécontent des performances médiocres du P-51B, il se porta volontaire pour voler sur P-47.

Lt Kenneth WILLIAMS

(collection Jean Pierre)

 

Lt Kenneth WILLIAMS (collection Jean PIERRE)

 

 

Leurs appareils furent spécialement équipés de nouvelles pales d’hélice afin d’améliorer les performances des P-47 à basse altitude.

Très vite, ils entamèrent une formation intensive pour mettre en pratique la tactique d’attaque au sol développée par le Colonel DUNCAN. Ils s’entraînèrent notamment à la navigation à très basse altitude.

La technique de DUNCAN consistait à envoyer en territoire ennemi une première escadrille  de quatre P-47 en volant à 12.000 pieds afin d’observer l’activité des aérodromes et être hors de portée de la Flak légère. Cette première escadrille poursuivait sa route et, si l’activité de l’aérodrome était modérée, une seconde escadrille attaquait ce même aérodrome à très basse altitude par l’arrière. L’attaque repose notamment sur l’effet de surprise afin de compliquer la tâche de la Flak. L’attaque au centre du terrain d’aviation à très basse altitude obligeait parfois les artilleurs allemands à des tirs croisés pouvant les amener à se tirer dessus mutuellement.

 

La mission du 26 Mars 1944

Le dimanche 26 Mars 1944, l’escadrille expérimentale devient réellement opérationnelle et effectue sa toute première mission au-dessus de la France, l’objectif étant les aérodromes allemands du centre de la France. Pour cette longue mission, les P-47 furent équipés de réservoirs supplémentaires de 410 litres.

Il s’agissait alors de la 64ème mission du Lt WILLIAMS (matr. 0-671825) qui venait d’être recommandé pour être promu au grade de Capitaine. Le P-47 n°42-8343 piloté par le Lt Kenneth R. WILLIAMS ce 26 Mars 1944 était la monture du Capitaine Kenneth A. UPCHURCH

P-47 n°42-8343

(source : www.Littlefriends.co.uk)

A 14H07, l’escadrille composée de seize P-47 décolla de sa base anglaise et se posa sur une base anglaise dédiée aux Spitfire, au Sud de l’Angleterre afin de compléter au maximum leurs réservoirs de carburant. Les réservoirs largables de ventre étaient si proches du sol que la piste de décollage en herbe non plane endommagea quatre P-47 (dont celui du Lt WILLIAMS). Chef de vol, le Lt WILLIAMS prit finalement le P-47 en bon état de son ailier et ordonna aux quatre appareils endommagés de cesser la mission pour rentrer à la base. Au lieu de trois co-équipiers, il lui n’en restait plus qu’un !

Les douze P-47 restant redécollèrent et survolèrent la Manche pour atteindre Cayeux à 14H40. En passant à 125 miles au Sud de Paris, la formation repéra l’aérodrome allemand de Châteaudun et le Colonel DUNCAN ordonna au Lt WILLIAMS d’attaquer avec son flight.

Le rapport de la défense passive de Châteaudun indique qu’à 15H25, quatre chasseurs américains survolèrent la ville de Châteaudun et attaquèrent à la mitrailleuse le camp d’aviation. Une bombe allemande entreposée au sol explose, touchée par les tirs américains et les vitres des fermes de Chambrie et de Villechèvre explosent. La Flak réplique et un des appareils est mortellement touché

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Le crash du P-47 du Lt WILLIAMS

Le témoignage du Lt WLLIAMS confirme que l’escadrille plongea et approcha à grande vitesse du terrain d’aviation par l’arrière mais la Flak réagit immédiatement. En l’absence d’effet de surprise, le Lt WILLIAMS ordonna l’arrêt de l’attaque et de virer à gauche mais son coéquipier n’écouta pas et poursuivit sa route. Le Lt WILLIAMS reprit alors l’attaque afin que la Flak ne se concentre pas uniquement sur son coéquipier. Il prit alors pour cible un bombardier bi-moteur qui était desservit par un camion de ravitaillement. Les tirs de mitrailleuses firent exploser l’ensemble. Le P-47 passa au travers de cette explosion mais le moteur de l’appareil s’arrêta et le cockpit fut recouvert d’huile. Instinctivement, il tira sur le manche pour reprendre de l’altitude, le rendant encore plus vulnérable à la défense anti-aérienne de l’aérodrome. En l’absence de bruit de moteur (qui ne tournait plus, il entendit les impacts des obus qui frappaient son appareil. Un des obus explosa dans le tableau de bord  et blessa le pilote aux genoux et mains. Un autre tir de 88 mm perfora l’aile gauche.

Le P-47 n°42-8443 (Code « YF-K ») piloté par le Lt Kenneth R. WILLIAMS perdit soudainement de l’altitude et le pilote dut procéder à un atterrissage forcé près d’Orsonville, Commune de Donnemain, dans un champ récemment labouré. Le nez de l’appareil se planta en terre, arrachant le moteur puis l’appareil retomba à plat.

Epave du P-47 n°42-8443 (Collection Jean PIERRE)

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L’appareil étant relativement intact, le pilote actionna le système de destruction de la radio afin qu’elle ne tombe pas aux mains de l’ennemis. Ensuite, il tenta de brûler l’appareil avec une bombe thermique (il semble qu’elle n’est pas fonctionner) et s’enfuit en courant au travers du champ pour gagner les bois les plus proches. Pour cela, il dut traverser la voie ferrée « Paris-Chateaudun en passant dessous par un petit pont puis la rivière « le Loir » à la nage. Les soldats allemands partirent à sa recherche et tirèrent des coups de feu pour l’inciter à sortir des bois. Au contraire, cela ne fit que l’encourager à quitter les lieux encore plus vite.

Rapport allemand du 26/03/1944 (source : NARA)

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 L'évasion du Lt WILLIAMS

Le lendemain, les Allemands le cherchaient encore et il se cachait dans une sorte de marais. Blessé et souffrant du froid, il finit par se manifester auprès de trois femmes (deux âgées et une jeune) qui empruntaient un chemin proche des bois. La jeune femme, nommée Suzanne MATHIEU, étaient accompagnée de ses deux tantes dont Mme NORMAND qui venait de perdre son mari. Bien que vivant à Paris, Suzanne était présente à Marboué pour l’enterrement de son oncle. Les trois femmes ramenèrent le pilote dans leur maison. Un médecin vint pour constater et soigner les blessures aux mains, jambes et laver le sang séché de la bosse frontale.

Des habits civils (de l’oncle décédé) furent donnés au Lt WILLIAMS qui les mit par-dessus son uniforme (il souhaitait garder des vêtements chaud en vue de traverser les Pyrénées). Les Allemands cherchant toujours l’aviateur dans la région, Suzanne décida de ramener en train le Lt WILLIAMS dans son appartement parisien dès le lendemain matin. Au petit matin, ils se rendirent à la gare de Marboué mais le train avait du retard car le trafic ferroviaire était perturbé par l’aviation alliée.

Le Lt WILLIAMS avait comme instructions de garder une distance avec Suzanne et de ne parler à personne. Le train arriva finalement à Paris vers 12H00. N’ayant pas de dossier, il se glissa dans un groupe de personnes que les Allemands ne pouvaient pas contrôler intégralement et il réussit à quitter la gare sans être inquiété. Guidé à distance par Suzanne, il emprunta le métro et arriva dans l’immeuble de Suzanne où des familles allemandes vivaient. Les jours passèrent, le Lt WILLIAMS demeurant caché dans l’appartement en écoutant discrètement la radio BBC. Finalement, grâce à son frère ancien officier dans l’armée française, Suzanne réussit à rentrer en contact avec la résistance et un réseau d’évasion. Il fut provisoirement caché chez Mme NAHON puis il fut en chargé par Mme Odette ERNEST, membre actif de la résistance. La séparation avec Suzanne s’imposa à ce moment. Il fut emmené dans un restaurant fermé puis interrogé par deux hommes. L’état de ses jambes blessées inquiéta les résistants et un médecin confirma que la traversée des Pyrénées était alors impossible, en l’état. Le chef de la résistance proposa alors une solution : évacuer le Lt WILLIAMS en bateau mais avec un officier du renseignement britannique. Le pilote était embarrassé car sans uniforme et prit avec un agent britannique, il savait qu’il ne bénéficiait plus de la protection de la Convention de Genève. Pire, il pouvait être considérer comme espion et être fusillé sommairement… Finalement, il accepta. Il dut s’habiller en pauvre fermier et une jeune femme lui servirait d’épouse (et de guide). Une carte d’identité et un extrait d’acte de naissance breton lui furent confiés.

Extrait d'acte breton et fausse carte d'identité du Lt WILLIAMS de 1944

 

 Ils prirent le train à Paris jusqu’à rennes où ils changèrent de correspondance en direction de Morlaix. Arrivés à destination, ils marchèrent longtemps puis la jeune l’abandonna en lui précisant d’attendre dans un chemin son prochain passeur (qui arriva une heure plus tard). Il s’agissait d’un homme qui l’emmena dans un village où les maisons étaient en pierres puis dans une cachette située dans une scierie. En vélo, il a été conduit dans un autre village de pierres, dans une épicerie où il retrouva deux agents du renseignement britannique. Il passa quelques journées ennuyeuses dans cette maison lorsqu’au soir du 15 Avril 1944, ils furent emmenés dans la nuit noire vers la plage de Beg-an-Fry, au Nord-Est de Morlaix.  Ils attendirent au bord de l’eau lorsque deux bateaux en caoutchouc noir arrivèrent vers 02H00. L’équipage du canot se composait de deux marins britanniques en costume noir et ils ramèrent pour ne pas être entendu par l’ennemi et ce jusqu’à une vedette de patrouille britannique. Cette vedette, nommée MGB502[1] (commandée par le Lt Peter WILLIAMS) avançait doucement jusqu’à l’embouchure de la baie étroite, proche de Morlaix. Sorti de l’embouchure, il avança à pleine puissance mais fut pris en chasse par trois vedettes allemandes.

    Motor Gun Boat n°502

 

Les passagers durent descendre dans les cales pour se mettre à l’abri jusqu’à un matelot britannique fut tué par un coup direct. Son nom était Williams Alfred SANDALLS. Un des aviateurs secourus, un mitrailleur d’un B-17, fut sollicité pour prendre la place du marin tué et tirer au canon sur les vedettes allemandes. Lentement, les bateaux allemands furent distancés et les tirs se ralentirent pour finalement être hors de portée.

A l’aube, des Spitfire vinrent en soutien aérien et le bateau arriva au port de Plymouth. Les aviateurs durent s’habiller en marins pour accoster afin de ne pas révéler l’objet des missions de ce bateau. Ils furent ensuite emmenés dans un hôpital militaire pour y être soigné. Porté « disparu en mission » depuis le 26 Mars 1944, le Lt WILLIAMS ne put informer immédiatement sa famille car il avait bénéficié d’un réseau d’évasion très spécifique et il devait préserver ce réseau et sa discrétion. Finalement, il put envoyer un télégramme à ses parents mais il fut continuellement interrogé par des agents afin de connaître le système défensif allemand sur la cote bretonne, peut avant le débarquement en Normandie.

 Télégramme déclarant le Lt WILLIAMS « Missing In Action »

 

Vêtu d’un uniforme de G.I avec des insignes d’officier, il fut arrêté sur le chemin de la gare de Londres par l’armée américaine en raison d’un uniforme non règlementaire…Emmené au quartier général, la situation fut régularisée et il put rentrer à sa base, à Steeple Morten et retrouver ses camarades. Il put récupérer ses affaires et fut promu Capitaine.

Ses parents, d’abord abattus d’apprendre la disparition de leur fils, eurent le bonheur de le voir revenir.

Rapport d'évasion du Lt WILLIAMS

 


[1] Le jeune résistant François MITTERAND, futur Président de la République Française, fut également ramené en Angleterre par le MGB n°502 dans la nuit du 26 au 27 Février 1944.

 


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