Traduction

Depuis sa création en 1996, l'Association FORCED LANDING a pour objectif d'honorer la mémoire de tous les aviateurs qui ont combattu (et souvent donné leur vie) durant la seconde guerre mondiale pour repousser l'occupant nazi et redonner à la France sa liberté. Notre travail se concentre sur le Département de l'Eure-et-Loir (28).

 


BOMBARDEMENTS DE CHARTRES LE 26 MAI 1944

 

 

Le 26 Mai 1944, en fin d'après midi, les bombardiers américains B-26 de la 9ème Air Force décollèrent d'Angleterre avec pour mission de bombarder le terrain d'aviation allemand de Chartres.  Pour la première fois en Eure-et-loir, il sera fait usage de bombardiers moyens de la 9ème Air Force, spécialisés dans les bombardements stratégiques et donc de précisions.

Le 557ème Bomber Squadron (du 387ème Bomber Group) fournit deux groupes de six avions pour participer à la formation chargée de cette mission. Chaque B-26 transportait deux bombes de 900 kg. La traversée de la Manche se fit sans encombre avec le passage au-dessus de Cabourg en prenant ensuite à la direction du Sud-Est vers la cible avec un passage au Sud de Brezolles.

Le B-26 du Lieutenant SMITH se situait dans une formation de 38 appareils et était en 5ème position dans le groupe de tête. Son appareil portait le n° de série 42-96199 et son équipage se composait de quatre membres habituels et de deux membres provenant exceptionnellement d’un autre équipage:

 

B-26 n° 42-96199 du Lt SMITH

(Collection Famile Bartholmé)

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La perte du B-26 du Lt SMITH

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Le bombardement de la ville de Chartres par les B-26 se fit en deux temps: une première attaque à 17H53 à haute altitude (12.000 pieds) par trois groupes de 6 avions (dont celui du Lt SMITH) puis une seconde attaque à 18H10 par 15 groupes de 6 B-26.

Quelques secondes avant le commencement du bombardement, la formation de la première attaque passa juste au-dessus de la ville de Saint-Georges-sur-Eure, au Sud-Ouest de Chartres puis, soudain prit la direction de Chartres en passant au-dessus de Mainvilliers et du centre ville de Chartres afin de pouvoir bombarder le terrain d'avion dans le sens de sa longueur. Les soutes à bombes furent ouvertes et les bombes armées en attendant que l'avion de tête ne donne le signal général du largage des bombes.

 

C'est à ce moment que la DCA allemande au Sud de Chartres commença à tirer sur les B-26 qui s'apprêtaient à larguer leurs bombes. Une première explosion eut lieu à proximité du B-26 du Lt SMITH sans l'endommager, puis une seconde et une troisième plus proche et finalement, le quatrième tir anti-aérien (88 mm) toucha l'appareil directement dans le moteur N° 2 (à tribord). Le moteur et l'hélice furent arrachés et tombèrent ensemble, sans déclencher d'incendie à bord. Ce moteur tomba, sans exploser, près de l'église de Mainvilliers.

Plaque du moteur perdu (offerte par un habitant de Mainvilliers)

 

Le moteur restant ne répondait plus aux commandes et WRIGHT tenta de désarmer les deux bombes mais, du fait que le tableau de bord derrière le siège du pilote était endommagé par des éclats d'obus, aucune commande électrique ne fonctionna.

Sans un de ses deux moteurs, l'avion bi-moteurs était condamné à chuter dans les secondes suivantes, il quitta la formation en virant à droite en perdant de l'altitude et il largua ses deux bombes pour libérer la soute qui était la seule issue par laquelle l'équipage pouvait espérer s'échapper. Seulement, trois membres de l'équipage purent sauter en parachute, les trois autres périrent dans le crash de leur appareil qui s'écrasa dans un champ au lieudit "Vallée des Joncs" sur la commune de Fontenay-sur-Eure, au Sud-Ouest de Chartres vers 17H00. L'appareil fut détruit à 99% selon le rapport allemand.

Leurs corps furent retrouvés sans parachute, sans qu’ils n’aient eu le temps de les mettre. Une dépouille non idendifiée fut inhumée au cimetière Saint-Chéron de Chartres le lendemain (tombe n°87) et une seconde le 02 Juin 1944 (tombe n°101).

Registre du Cimetière St-Chéron (Archives de la Ville de Chartres)

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Les corps de George S. FARFARAS et de Clyde N. MORTON repose désormais au cimetière de Sprinfield dans le Missouri (USA).

    

Clyde MORTON le 05 Mai 1943 et Georges FARFARAS (photos Jim Barberis)

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Illustration de Christian DIEPPEDALE

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L'évasion de trois aviateurs

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Le 2nd Lt Walter L. WRIGHT fut le premier à pouvoir évacuer son appareil et toucha le sol sain et sauf. Il se cacha dans des taillis en attendant la nuit puis il prit la direction du Sud (espérant atteindre l'Espagne...). Il traversa la rivière l'Eure et de nombreux champs, arrivant finalement à Vitray-en-Beauce. Là, une jeune femme et un vieillard l'accueillirent chez eux durant 15 jours. La jeune femme et le vieillard remirent ensuite l'aviateur américain à un homme de 40 ans qui l'emmena à Chartres en voiture puis dans la pharmacie PICOURT, avenue Jean-de-Beauce, face à la gare. Une jeune femme l'emmena à la gare et ils prirent un train à destination de PARIS. Arrivés à la capitale, ils prirent le métro jusqu'à Pigalle et s'installèrent dans un appartement puis dans un petit hôtel avec un bar rempli de soldats allemands. Le lendemain, le 1er Juillet 1944, un homme vint chercher WRIGHT pour l'emmener dans une grande maison abandonnée dans la banlieue Nord de Paris. Dans l'après-midi du 06 Juillet 1944, accompagné de deux hommes, il tenta de traverser PARIS pour prendre un avion de la RAF mais il fut contrôlé à un barrage allemand et, malgré ses faux papiers, la méconnaissance de la langue française le trahit et il fut fait prisonnier. Le soldat allemand lui dit alors: "Aviateur américain, ja? Pour vous la guerre est terminée". Il fut ensuite emmené à la prison de Fresnes puis, en Allemagne, au Stalag Lutf III. Lors de leur détention en Allemagne, WRIGHT et SMITH se retrouvèrent dans le même camp, le Stalag Luft III alors qu'ils ne s'étaient jamais revus depuis le crash de leur B-26.

 

 2nd Lt Walter WRIGHT (Collection Gérard ROUSSEAU)

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Le second rescapé fut le Lt Neil G. BARTHOLOME atterrit finalement à quelques mètres seulement de son bombardier. Il se cacha dans une meule de foin à proximité alors qu'un soldat allemand arriva, armé d'une mitraillette, pour surveiller la carcasse de l'appareil.

Lors d'un moment de répit, un civil français s'approcha et découvrit la présence de l'aviateur américain qu'il cacha ensuite dans un bois à 500 mètres de là. Neil BARTHOLOME attendit jusqu'à la nuit tombée et deux jeunes femmes (Melle Denise FOURREAU et une amie) vinrent le chercher en vélo pour le ramener dans une ferme de POIFFONDS (de la famille FOURREAU). Mademoiselle FOREAU était membre du réseau d'évasion PICOURT et employée de la pharmacie PICOURT. Les Allemands étaient nerveux puisque de nombreux barrages avaient été dressés: Melle FOURREAU et Neil BARTHOLOME durent s'embrasser et faire semblant d'être follement amoureux l'un de l'autre pour passer sans encombre un de ces barrages. De la ferme, un premier homme emmena ensuite son "colis" à Chartres, puis, BARTHOLOME fut rejoint par le Sgt OWENS[1] et un second homme de la résistance (Jean-Jacques DESOUBRIE) l'emmena à PARIS par le train et le métro. Au lieu de l'aider à s'évader vers Gibraltar pour regagner ensuite l'Angleterre, DESOUBRIE, membre infiltré de la Gestapo, remit l'aviateur américain directement à la Gestapo, à PARIS. Il fut emprisonné d'abord à FRESNES où il entendu parler d'un débarquement sur les côtes normandes lors d'un 06 Juin 1944 puis il fut emmené en Allemagne (Stalag Luft II à Barth). Il ne fut libéré qu'à la fin de la guerre en Mai 1944.

   

Lt Neil BARTHOLOME (Collection Famille Bartholome)

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Le Lt Robert Nathan SMITH fut le dernier survivant à quitter son appareil, le souffle de l’explosion l'ayant expulsé à l'extérieur de la carlingue. Il eut le temps d'ouvrir son parachute et vit le bombardier revenir en vrille vers lui et lui passer juste dessous. Non loin de là, les Allemands observèrent sa descente et l'attendirent au sol. Il fut fait prisonnier immédiatement.

 

 Lt Robert N. SMITH le 10 Mars 1943

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Les dommages du bombardement du 26 Mai 1944

Les deux bombes larguées dans l'urgence par le B-26 tombèrent directement sur le centre ville de Chartres, dans la Rue des Lisses et la Rue de Beauvais. Les bombardiers de tête du second groupe crurent que les deux bombes échappées de l'avion en détresse étaient le signal de largage et le second groupe largua également ses 12 bombes de 900 kg sur le centre ville (Place des Halles et Rue au Lin) causant d'énormes dommages, de nombreux morts (49) et l'incendie de la bibliothèque de Chartres qui renfermait des ouvrages historiques inestimables.

 

Tirant trop court, d'autres touchèrent également la basse ville (Porte-Guillaume) et le Bourgneuf. Une plaque commémorative apposée sur la Place des Halles rappelle ce triste accident.

La seconde attaque, prévue dans un second temps, eut lieu sans incident et l'objectif (terrain d'aviation) fut atteint.

Hôtel de ville/ hôtel MONTESCOT (Collection J.J. FRANCOIS)

Place des Halles et Rue St-Michel (Collection J. J. FRANCOIS)

 

Place des Halles après le bombardement du 26 Mai 1944 (source: ina.fr)

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Cet évènement fut repris par la propagande de Vichy et allemande et un film fut tourné quelques heures après le bombardement, précisant que les bombes américaines n’étaient pas destinées aux forces allemandes mais à la « France française ». Les images ci-avant sont extraites de ce film.

La Dépêche d'Eure-et-Loir du 28 Mai 1944 consacre une longue page à ce tragique évènement (sous couvert de la propagande de l'époque): "Une fois de plus, Chartres a été victime des agressions de l'aviation anglo-saxonne. Jeudi, à 18h00, à peine le signal de l'alerte avait-il retenti que des bombes tombaient sur la ville, tandis que nos concitoyens se précipitaient dans les abris. La première émotion passée, chacun pouvait constater l'importance des dégâts. Le centre-ville avait été atteint. L'hôtel de ville flambait comme une torche et le quartier de la place des Halles revêtait l'allure d'un champ de bataille. Une bombe tombée Rue de la Tonnellerie avait broyé quatre maisons de commerce: Chaussures Coop, Armerie Brunet, sacherie Collet et Fémina. Le restaurant normand, place des Halles, étaient complétement écrasé, et deux vastes entonnoirs creusés dans les abords immédiats de la salle de la justice de paix. La rue au Lin et la rue des Côtes ne sont plus qu'un amas de ruines et un enchevêtrement de poutres et de ferrailles. Tous les immeubles sont confondus dans la même destruction. On estime à sept le nombre de projectiles qui put atteindre l'hôtel de ville et à quatre le paté de maisons que forment la rue au Lin et la rue des Côtes. Quant à l'hôtel de ville, nul ne dira jamais la perte irréparable pour notre ville que constituait le bijou d'art qu'était l'hôtel de Montescot. La bibliothèque, qui contenait 150.000 volumes, 1.500 manuscrits, 400 incunables, qui renfermait des oeuvres rarissimes conservées jalousement qui firent l'orgueil d'une exposition récente, a été la proie des flammes... D'autres quartiers de la ville ont été également éprouvés. Des bombes sont tombées dans les jardins à droite de la clinique de M. le Dr De Fourmestraux, creusant deux entonnoirs énormes. Plusieurs immeubles de la rue des Lisses (du n°15 à 19) sont très gravement atteints ou effondrés...Enfin, le quartier du Faubourg Guillaume a, une fois de plus, payé son lourd tribut de ruines et de désolations. Deux immeubles, 11 et 13, Rue du Faubourg Guillaume, ceux de M. et Mme Sauve et de M. et Mme Harenger, ont été détruits.Une bombe, creusant encore un entonnoir très profond, est tombée dans le jardin de M. Riest, au n°5 Rue des Trois-Détours... A Lèves, trois bombes sont tombées non loin de la maisond e M. Goupillon. Une autre bombe est tombée dans la rivière d'Eure, aux Grands-Près. A Mainvilliers, une bombe tombée près de l'église a arrachée les tuiles et causée des dégâts aux immeubles voisins. A Gasville, un incendie s'est déclaré à la suite de la chute d'une bombe...Une bombe de 500 Kg non explosée fut découverte dans la cave de M. Carnis, Rue au Lin".

          

La visite des aviateurs survivants et de leurs familles en 1995 et 2004

 

En Mai 1995, Robert SMITH (le pilote) et Walter WRIGHT (le bombardier) firent un pèlerinage pour retracer les différentes étapes et expériences qu'ils connurent durant la seconde guerre mondiale. La ville de Chartres était une des étapes les plus importantes à leurs yeux (lieu du crash) et ils furent accueillis par la municipalité de la ville.

Ils furent bouleversés de découvrir les pertes humaines et les destructions causées par le bombardement américain du 26 mai 1944 dont l'unique cible était le terrain d'aviation occupé par les Allemands. Leur tentative d'évasion et leur capture par les autorités allemandes les emmenèrent rapidement loin de Chartres et jusqu'en 1995, ils ne surent jamais les conséquences du bombardement.

Profondément choqués par cette tragédie, les deux hommes promirent, dès leur retour aux Etats-Unis, d'éclaircirent les circonstances de ce triste évènement. En décembre 1995 et après de nombreuses recherches auprès des services d'archives militaires américaines, Robert SMITH écrivit à la ville de Chartres pour expliquer les circonstances décrites ci-dessus.

En 2004, la famille BARTHOLOME découvrit par hasard le site Internet de l'Association Forced Landing (en réalisant des recherches généalogiques). Petit à petit, l'idée de leur venue en France naquit et s'organisa. Après avoir visité notre capitale durant quelques jours, le fils, les trois filles et l'épouse de Neil BARTHLOME vinrent à Chartres en octobre 2004 (Neil est décédé depuis quelques années).

Brian, Susan, Joan, Gail et Betty sur les lieux du crash en 2004



[1] Le Sergent Harold OWENS survécut au crash de son B-24 à Varize/Bazoches-en-Dunois le 11 Mai 1944

 


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