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Depuis sa création en 1996, l'Association FORCED LANDING a pour objectif d'honorer la mémoire de tous les aviateurs qui ont combattu (et souvent donné leur vie) durant la seconde guerre mondiale pour repousser l'occupant nazi et redonner à la France sa liberté. Notre travail se concentre sur le Département de l'Eure-et-Loir (28).
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| BOMBARDEMENT DE CHARTRES DU 27 MARS 1944 | ||
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Le 27 Mars 1944, à 14H00, le terrain
d’aviation de Chartres fait l’objet d’un nouveau
bombardement massif de la part de l’USAAF. Une
formation de 67 bombardiers B-17 appartenant aux 303rd BG
(26 B-17),
379th BG, 384th BG et 447th BG (30 B-17) est chargée de cette mission,
transportant chacun 10 à 13 bombes explosives de 250 kg. A 14H15, la Défense
Passive de Chartres signale l’approche par le Sud-Est de
trois groupes de 21 appareils. A une altitude de 17.500
pieds, chaque groupe protégé par des chasseurs, lâche
successivement sa salve après que l'avion de tête ne lâche
sa fusée rouge (1ère salve à 14H17, 2ème salve à 14H19 et
3ème salve à 14H21). Le bombardement est toutefois gêné par la mauvaise visibilité et le vent : Les ailiers du premier groupe n'ont pas assez serré, débordant de l'objectif et atteignant les maisons à l'Ouest (269 bombes en dehors de l'objectif). Le compte-rendu du 303rd BG précise que les 26 B-17 du groupe larguèrent 336 bombes de 500 lb H.E. M43 G.P, à une altitude de 18.000 à 19.000 pieds. La Flak était présente mais faible et imprécise. Aucun avion ennemi ne fut aperçu, grace à l'escorte des chasseurs amis. La formation profita d'une bonne visibilité mais, malheureusement, un gros nuage cacha l'objectif au moment du bombardement.
Itinéraire de la formation de bombardiers ce 27 mars 1944 . A 14H30, le bombardement prit fin et
les derniers bombardiers américains prirent la direction du
Nord-Ouest, chemin de retour vers l’Angleterre. Des dommages importants sont
recebnsés Rue Saint Chéron, Route Nationale 188, Rue de la
Croix Thibault, Rue Hélène Boucher, Rue Auguste Ganor, Rue
du Clos l'Evêque, Avenue de Plaisance, Rue Texier-Gallas,
Boulevard de la Porte-Guillaume et la Rue Faubourg Guillaume
sont touchés ainsi que le hameau de la Mihoue à Champhol et
le viaduc de la ligne Gallardon. On dénombre 66 immeubles
détruits, 327 endommagés, 4 civils tués et 21 blessés.
Bombardement
du terrain d’aviation de Chartres le 27 Mars 1944, vu depuis
la caserne de l’école de la Flak de Lucé (Collection Marc
DOUCET)
Pendant le bombardement, les
chasseurs d'escorte furent chargés d’effectuer la protection
haute de la formation de bombardiers. On compte parmi ces
chasseurs d’escortes les P-47 du 359th FG. Or,
pendant le bombardement (à 14H25), les chasseurs du 359th
FG, 370th FS mené par le Capitaine McKEE furent attaqués par
cinq chasseurs allemands Me-109 du JG26 venant face au
soleil, à 10.000 pieds d'altitude. Le
P-47
(n° de série
42-75091) du 2nd Lt
John E. KERNS en position
n°2 dans le Flight "Rouge" est gravement touché et
l’appareil s'écrase au sol avec son pilote au
Nord-Ouest d'Auneau.
Cette victoire fut revendiquée par le Ltn Karl WILLIUS de la 2./JG26 à 14H24. Ce pilote allemand est un "As" avec 50 victoires en 371 missions. Il fut toutefois abattu le 08 Avril 1944 (à l'âge de 25 ans) par des P-47 qui escortaient une formation de bombardiers B-24 au-dessus des Pays-Bas.
.
"Je
volais en position n° 2 dans le Flight « bleu ». Nous étions
en escorte de bombardiers lorsque je vis un combat aérien.
Je plongeai à la 3ème place en
ligne arrière. À environ 10.000 pieds, nous
avons commencé un Luftberry (vol en cercle défensif). À ce
moment-là, un Fw-190 est descendu d’en haut et s’est
retrouvé sur la queue de l’avion devant moi. J’ai ouvert le
feu à environ 500 mètres et j’ai observé des impacts à
l’arrière du fuselage.
Je me suis ensuite rapproché à 350 mètres, presque à
l’arrière et un peu au-dessus. J’ai observé d’innombrables
impacts sur le cockpit et à la base de l’aile gauche. J’ai
observé de la fumée et des morceaux s’envoler. Le pilote
allemand a semblé perdre le contrôle de son appareil
qui a fait un tonneau et a plongé vers le sol à partir d’une
altitude de 3,500 pieds. J’ai cessé le combat et j’ai
regardé ma montre. Il était 14H37. C’était dans les environs
de Gallardon".
Le pilote allemand
Le Lt Franck S. FONG du 359th FG eut un parcours très particulier car il naquit aux USA mais il était d'origine chinoise. Dès le début de la guerre, il voulut s'engager dans l'USAAF mais il essuya des refus en raison de ses origines. Il insista et sollicita directement le Général Hap Arnold. En raison de la pénurie de pilotes, il fut accepté et enrolé le 27 octobre 1942 et, par sa détermination, il devint un excellent pilote de chasse. Il intégra le 359th FG le 21 Février 1944 et réalisa 44 missions jusqu'au 29 juin 1944, date à laquelle il fut détaché au 5ème Emergency Rescue Squadron.
LA PERTE DU P-47 DU Lt JAMES E. FIELDS A 15H15, une
nouvelle attaque du terrain d'aviation de Chartres a lieu
mais, cette fois-ci, uniquement par 4 chasseurs américains
qui mitraillent au sol (1ère attaque à 15H16, 2ème attaque à
15H19 et 3ème attaque à 15H39). Il s'agit des P-47 D du 56th
FG qui étaient en mission d'escorte de bombardiers B-17 à
destination de Tours. Après un décollage à 12H41 et le
passage de la Manche sans encombre à 15.000 pieds
d’altitude, le « rendez-vous » avec les bombardiers à
escorter se fit à 13H54 près de Saumur. Désormais protéger
d’une attaque aérienne ennemie, les bombardiers se
consacrent enfin à leur mission de bombardement sur le
terrain d’aviation de Tours. Cette escorte dura jusqu’à
14H35 jusqu’au Sud du Mans, heure à laquelle les appareils
du 56th FG furent relevés de leur mission d’escorte. Ils
quittèrent la formation puis les 62th FS et 63th FS prirent
la direction de Chartres. En arrivant à proximité de la
capitale beauceronne, le 62nd FS fut chargé de prendre pour
cible le terrain d'aviation de Chartres, tandis que le 63rd
FS lui fournirait la protection en couverture haute. Ils
tournèrent autour du terrain puis passèrent à l'attaque en
mitraillant.
Après avoir détruit un Ju-52 au sol, le
P-47
(n° de série
42-75213, Code « L-LM ») du
Lt James Edward FIELDS
du 56th FG, 62nd FS fut touché par la Flak, son moteur se
mit à fumer et l'appareil alla au tapis dans un champ au
lieu-dit « Chagny », Commune d’Ecrosnes.
Il fut sain et sauf et ses camarades le virent courir en
direction du Bois de la Commune d’Orphins. Il était 15H30.
Afin de ne pas laisser l’appareil aux mains de l’ennemi, le
Lt Robert CHERRY fera un passage au-dessus du P-47 et le
mitrailla. L’appareil fut entièrement détruit par les
flammes. Les soldats allemands recherchèrent
activement le pilote américain mais, en vain. En réalité, il
fut recueilli par des habitants et prit en charge par le
réseau d’évasion Picourt.
P-47 Nr 42- 75213
(Photo USAAF)
James
Edward FIELD (Collection
privée)
Témoignages de M. BREANT ET DELARUE:
« le lundi 27 Mars
1944, nous étions dans les champs pour semer de l’avoine au
lieu dit « l’épine foireuse », entres Ecrosnes et Haute
Maison. Prés de
nous se pose en silence, moteur arrêté, un avion qui vient
de la direction sud- ouest. Le pilote sort rapidement de son
habitacle, et va se réfugier dans un petit bois prés de là
où il se libère de son harnais de parachute. Un de ces
coéquipiers fait un passage en rase mottes, le pilote à
terre lui fait des signes et s’éloigne. A ce moment, l’avion
revient et mitraille l’épave, qui prend feu. Le pilote se
renseigne auprès de nous sur la présence d’allemands dans la
région, ensuite il prend la direction du village d’Ecrosnes
à travers champs. Quand les allemands arrivent sur les lieux
du crash, ils nous questionnent et nous leur indiquons
l’avoir vu partir en direction des bois de Haute Maison
(direction opposée). Je (M. Blaise) me rappelle avoir vu, un
mercredi du mois d’avril, passé un camion allemand qui
tractait une remorque, venant de la direction d’Ecrosnes et
se dirigeant vers Chartres. Sur la remorque, se
trouvait l’épave calcinée d’un avion ». Le pilote a été vu traversant le
hameau d’Ecrignolles, puis sur la route qui va vers Monlouet
en compagnie d’un cultivateur qui rentrait chez lui pour
déjeuner ». Témoignage
de M. CAUDALE de Bleury :
« L’aviateur est arrivé a
la maison en provenance des champs vers quatre heure de
l’après midi. Mon père a isolé ses enfants dans un local, en
dehors du contact avec l’inconnu, dés leur arrivée de
l’école. Il a contacté les voisins, le couple Russel,
d’origine écossaise pour rendre le contact plus
compréhensible. L’aviateur a troqué sa veste de vol contre
un vêtement civil. Nouvellement vêtu, le pilote a été
conduit chez Mr Baubion, instituteur à Bleury ». M. CAUDALE sera remercié après la
guerre par l’administration américaine pour avoir aidé un
pilote allié. Dans les minutes du procès
d’après-guerre du traître DESOUBRI, le pharmacien M. Picourt
déclara que le pilote James Fields restera plus d’un mois à
son domicile. James
Fields continuera son évasion via l’Espagne avant de
regagner l’Angleterre ». Nous retrouvons en effet la trace du
Lt James FIELDS au sein du réseau PICOURT au moment même où
cette filière d’évasion subissait une importante
désorganisation (décès de Mme TRENOY, arrestation de PORTE
et bombardement de la maison de M. LECLERC). M. PICOURT dut
alors héberger et cacher le Lt FIELDS chez lui (au-dessus de
la pharmacie) durant un mois, le temps de mettre en place un
nouveau réseau d’évasion. Il est fort probable que le Lt James FIELDS ait été la première victime du fameux « Jean-Jacques DESOUBRI » car il termina la guerre dans le Stalag Luft I et fut libéré le 01 Juin 1945.
Un Dornier 2017 abattu mais le P-47 du Majord MAHURIN également Ce 27 Mars 1944, le 56th FG
enregistra également une seconde perte à proximité de
Chartres, au sein de la 63rd FS chargée de la protection
haute du 62nd FS qui attaquait le terrain de Chartres.
Selon le témoignage du Capitaine George F. HALL, le
Major MAHURIN du 56th FG, 63rd FS vit un bombardier allemand
Dornier 217
allant en direction du Sud Ouest, à approximativement 15
miles de Chartres. Son flight (composé de quatre P-47)
l’attaqua et le bombardier tenta de se défendre en usant de
ses mitrailleuses arrière. Il fut toutefois gravement touché
et les aviateurs allemands procédèrent à l’évacuation de
leur appareil en sautant en parachute. Le bombardier alla
s’écraser à proximité de la gare de
Prasville.
Les quatre pilotes américains se partagèrent cette victoire,
à savoir Walter MAHURIN, Johnson WILLARD, Isadore POROWSKI
et Samuel LOWMAN.
bombardier
allemand Do-217
Les archives départementales
relatent ce combat aérien et précisent :
« Le 27 Mars 1944, vers 15H00, un bombardier allemand
est tombé en flammes à proximité de la gare de Prasville, 29
Km au Sud-Est de Chartres. Cet appareil a été détruit par un
chasseur américain. L'équipage a sauté en parachute. Deux
aviateurs sont blessés, les quatre autres sont indemnes. En
tombant, l'appareil a communiqué le feu à un wagon de paille
se trouvant en gare de
Prasville
et à un petit bâtiment situé à la sortie Sud-Est du bourg.
L'appareil est entièrement détruit. La garde des débris est
assurée par les militaires de Voves".
.
Toutefois, le P-47
(n° de série
42-8487, Code UN-M ») du
Major MAHURIN
fut lui-même touché par les tirs défensifs du bombardier
lors de sa seconde passe sur le Do-217 et une longue traînée
de fumée noire s’échappa de l’appareil. Le pilote américain
sauta à son tour en parachute au-dessus d’Allonnes
à 800 pieds d’altitude et regagna sain et sauf le sol. Il
atterrit dans un grand champ dégagé à 1,5 kilomètre de
l’endroit où se crasha son P-47, sur le territoire de la
Commune d’Allonnes. Il fut aperçu une dernière fois par ses
camarades en train de courir vers une rangée d’arbres puis
disparut sous ces arbres.
Les
archives départementales relatent ce crash et précisent : « Le
27 Mars 1944, un avion de chasse américain est tombé en
flammes dans un champ à 2 Km au
Nord-Est d'Allonnes.
Cet appareil est entièrement détruit. Le pilote qui a pu
sauter en parachute et a pris la direction d'un bois qui se
trouve au Nord d'Allonnes. Des recherches sont effectuées.
Les autorités allemandes sont sur les lieux".
Major Walker MAHURIN et son P-47
(Photo
Bud Mahurin)
Monsieur Clotaire DAMOISEAU et son
père Jean, témoins du combat déclarent « On l’a vu
passer au dessus d’Allonnes traînant derrière lui un panache
de fumée et perdant des morceaux, puis piquer et s’écraser
dans un champ » Tous deux voient le pilote atterrir
prés d’un petit bois appartenant à M. Pelard. Les allemands
arrivent presque aussitôt mais M. Damoiseau les oriente dans
la direction opposée. Le Major Walter Mahurin est récupéré
par la résistance puis ramené à vélo dans la
maisonnette de Mr Chaurin, garde-barrière à
Orgères-en-Beauce.
L’information circule à Orgères et M. BOUIN (agent de l’Intelligence Service, habitant à Pithivier) rencontra Mr Pierre Pin, neveu du cafetier d’Orgères, qui l’informa de l’existence de l’aviateur. Il
prévint Londres et
organisa rapidement le retour du pilote américain en
Angleterre. Deux opérations seront toutefois
nécessaires, la première tentative baptisée « Forsythia »
échoua (le Lysander qui effectua cette opération sera abattu
par la chasse allemande présente ce jour là dans le secteur
et le pilote Leslie WHITAKER mourra brûlé. Il sera enterré à
Guillerval. Le surlendemain (nuit du 6 au 7 Mai
1944) a lieu une seconde opération de rapatriement baptisée
« Silène ». Cette fois, le pilote (F/Lt Alexander) du RAF
161 Lysander eut davantage de chance et il réussit à
atterrir au troisième passage sur un terrain à 1 kilomètre
au Nord d’Outarville, dans le Loiret. Le Major MAHURIN ainsi
que les deux agents (Alain Perpeza, alias XP12 du réseau
Jade-Amicol et Robert Champion alias Fanfouet) regagnèrent
le terrain de Tempsford, en Angleterre.
De retour au sein de son groupe, il
fut malgré tout transféré sur le théâtre du Pacifique car le
secret de son évasion devait être maintenu et une éventuelle
capture par les Allemands aurait mis en péril ce réseau
d’évasion.
Rapport de Police du 28 mars 1944 (source: AD28) .
Rapport de Gendarmerie du 28 mars 1944 (Source: AD28)
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Dernière mise à jour:
01/12/2024 |
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