Traduction

Depuis sa création en 1996, l'Association FORCED LANDING a pour objectif d'honorer la mémoire de tous les aviateurs qui ont combattu (et souvent donné leur vie) durant la seconde guerre mondiale pour repousser l'occupant nazi et redonner à la France sa liberté. Notre travail se concentre sur le Département de l'Eure-et-Loir (28).

 


JOURNEE DU 24 JUIN 1944

 .

La journée du 24 Juin 1944 est marquée par le beau temps et donc par de nombreuses attaques aériennes sur l’ensemble du territoire d’Eure-et-Loir.

 

Le combat aérien du 65 Squadron au-dessus de Dreux

Le 24 Juin 1944, les Mustang III du 122 Wing (19, 65 et 122 Squadron) décollent à 06H05 de leur base de Funtington, menés par le Wg Cdr Robin JOHNSTON pour une reconnaissance armée, un bombardement et un straffing avant d'atterrir sur le terrain provisoire B-7 (Martragny au Sud-Est de Bayeux) pour s'approvisionner en carburant. Ils opéreront désormais à partir de cette base normande (et non plus à partir de leur base anglaise).

Après leur ravitaillement, les Mustang III du 122 WING redécollent pour une mission de patrouille vers Verneuil -Dreux.

Les Mustangs du 65 Squadron avaient plus spécifiquement comme mission de bombarder les voies ferrées vers Dreux. En effet, on relate à 07H15 un bombardement à Maintenon et Mévoisins par une quinzaine de chasseurs-bombardiers qui attaquent successivement en piqué à très basse altitude (six bombes et un immeuble endommagé).

 

La Dépêche d’Eure-et-Loir du 26 Juin 1944

 

Un même bombardement a lieu à Epernon à 07H20 par 18 chasseurs-bombardiers répartis en trois escadrilles qui larguent 20 bombes de 500 livres. On dénombre 4 blessés, 8 immeubles détruits et 12 endommagés.

Toutefois, vers 07H20, les chasseurs britanniques rencontrent une grande formation d’une vingtaine de Me-109 et de Fw-190 qui tournait à environ 3.000 mètres d’altitude au Sud de Dreux. Les archives allemandes révèlent qu’il s’agissait des Fockes Wulf du II./JG 26, associés à ceux du III./JG 54 et des Me-109 du III.

Les pilotes allemands attaquèrent les premiers et un important combat aérien s'engagea alors dans le ciel drouais, entre Dreux, Verneuil et Saint-André-de-l'Eure, entraînant de lourdes pertes au sein des deux camps.  

Au total, les pilotes allemands revendiquèrent 9 appareils ennemis (8 Mustang  et 1 Spitfire) et ils perdirent officiellement un Me-109 et deux Fw-190...

La réalité est bien souvent différente, les pilotes des deux bords ayant une fâcheuse tendance à gonfler leurs exploits. En effet, seuls quatre Mustangs, tous du 65 Squadron, seront déclarés perdus lors de cette mission:

 

REVENDICATIONS DES PILOTES DU II./JG26 ET DU III./JG54

-  Le Lt. Hofmann atteint le premier un P-51 qui  s’abat à 7H22 à environ 25 kilomètres à l’Ouest- Sud-Ouest de Dreux.

-  Le Hptm Matoni  revendique à son tour un Spitfire qui s’écrase au Sud d’Evreux

-  L’Oblt. Stoll descend un second P-51 à 7H30 à sept kilomètres à l’Ouest de Brezolles (vers Beauches). Ce même Oblt. Stoll (Fw-190 A-8, N° de série 170384) sera blessé avant la fin de la journée lors d’un autre combat à l’Ouest de Versailles contre trois P-47.

-  Le Lt Dortenmann (1 victoire), l’Uffz Schleef (1 vistoire) et le Hptm Lang (4 victoires), tous trois du III./JG54 renvendiquent six Mustang entre Evreux et Pacy-sur-Eure.

   
Lt Wilhelm HOFMANN - FW 190 A-8 du
Lt. Hans Dortenmann
- Hptm MATONI
Les pertes réelles du 65 Squadron furent les suivantes

Appareil

Nom du pilote

Lieu du crash

 

Matricule

Mustang III Code "FX944 D"

F/Lt CLAPIN Basil Philip Waterlow

Tilleul-Dame-Agnès (27)

Evadé

 43541

Mustang III Code "FZ123"

Nr Séris US 43-6464

F/Sgt SUMMER William Arthur

Env. de Dreux

Tué

1389190

Mustang III Code "FX988"

Nr Série US 43-6348

F/Sgt WILLIAMS Emrys Thomas

Env. de Dreux

Prisonnier

 1097712

Mustang III Code "FZ109"

Nr Séris US 43-6409

Sgt WEBB Dudley C.

Env. de Dreux

Evadé

 1393633

 

De même, les pilotes des 19, 65 et 122 Squadron revendiquèrent 9 Fw-190 détruits et 2 endommagés (dont un au sol) alors que les pertes réelles allemandes sont limitées à quatre appareils.

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Revendications des pilotes du anglais 

Squadron

Appareil et nom du pilote

Appareil abattu

Lieu

122 Wg

Mustang III du W/C G. R. M. JOHNSTON

Fw-190

Dreux

19 Squadron

Mustang III Nr FB201 du F/S B. VASSILIADES

Fw-190

Me-109

He-111 (endommagé au sol)

S.E. de Dreux

?

S.E. de Dreux

19 Squadron

Mustang III Nr FB223 du F/O J.M. MAYNARD

Fw-190

S.E. de Dreux

19 Squadron

Mustang III Nr FB368 du W/O M. H. BELL

Fw-190

?

19 Squadron

Mustang III Nr FZ186 du P/O J. E. STAPLES

Fw-190 (endommagé)

?

65 Squadron

Mustang III Nr FZ112 du F/O T. E. JONSSON

2 Fw-190

?

65 Squadron

Mustang III Nr FZ125 du F/O P. S. TAYLOR

Fw-190

?

122 Squadron

Mustang III Nr FB224 du F/O C. TALALLA

Me-109

S.E. de Dreux

 

PERTES REELLES ENREGISTREES PAR LA LUFTWAFFE (III./JG26 et III./JG54)

-  L’Uffz Ayerle, de la 12./JG26, est abattu lors de la première sortie de la journée. La chute de son Me-109 G-6 n° de série 165177 (Code « 5 bleu ») est enregistrée à 7H30 vers Saint-André-de-l’Eure, le pilote étant blessé lors d’un atterrissage en parachute trop rude (sa toile fut déchirée par les tirs ennemis).

-  Touché en combat aérien, l’Uffz Merthen du III./JG54 s’écrase avec son Fw-190 A-8 n° de série170658 (Code « 2 noir ») à Ecluzelles, près de Dreux. Le pilote est tué.

-  L’Oblt Wienrich du III./JG54 est également blessé par des tirs ennemis lors d’une mission vers Caen  Certainement abattu lors de ce combat, il est hospitalisé à Chartres.

-  Le Fw Muders, de la 2./JG54 est blessé et hospitalisé à Evreux, après avoir vraisemblablement réussi à poser son Fw-190 A-8, n° de série 730972 (Code « 2 rouge ») vers Saint-André-de-L’Eure.

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L'évasion du Sgt Dudley C. WEBB

Le Mustang III FZ109 piloté par le Sgt D.C. WEBB fut touché par un tir qui endommagea son aile gauche. Après quelques manoeuvres, il dut engager un atterrissage forcé à l'Ouest de Brezolles, près de Mittainvilliers. Il courut vers le Nord et fut recueilli dans un premier temps par un paysan qui l'emmena dans une grange puis lui donner à manger et à boire. L'aviateur resta caché dans la grange jusqu'à 22h00 puis il marcha en direction du Nord-Ouest durant environ 8 heures jusqu'à une ferme au Sud-Est de Breteuil. Le lendemain (25 Juin), il fut emmené au Chesne chez des personnes où il fut caché et nourri durant cinq semaine. Le 6 Août, il fut caché dans une autre maison du quartier où il rencontra deux autres aviateurs évadés: le F/Sgt TOOMBS et le Lt Brickers.

Il est fort probable que ces résistants français étaient Georges SALMON habitant au Chesnes qui cacha également le F/Sgt canadien Larry TOOMBS et le 2nd Lt Frank J. BORYCZKA du 405th FG.

Le matin du 23 Août 1944, il fut libéré lors de l'avancée des troupes américaines terrestres. Le 27 Août, il quitte Bayeux pour regagner la Grande-Bretagne.

Rapport d'évasion du Sgt D.C. WEBB (Site National Archives UK)

 

Un rapport allemand confirme qu'un Mustang s'écrasa ce 24 Juin 1944 vers 07H30 à Mittainvilliers: 

Le témoignage de Raymond DIVE (résistant du maquis de Crucey-Brezolles) nous éclaire sur le sort de l'appareil: " A la Drouetterie, non loin de la route de Beauche, un chasseur américain vient de se poser sur le ventre, l'hélice tordue, le train d'atterrisage arraché. Le pilote s'éclipse avant l'arrivée des Allemands, mais ceux-ci font assurer immédiatement la garde de l'appareil par les autorités civiles locales. Des techniciens allemands viennent inspecter l'avion et ordonnent aux gardes de redoubler de vigilance jusqu'à ce qu'ils reviennent procéder à l'enlèvement de l'épave. Nous décidons la destruction de l'appareil pour le lendemain. Dimanche

 juillet à  13H00, grenades incendiaires en poche, je pars reconnaître l'avion blessé. La route est calme, le soleil tape dur. Je rencontre quelques agriculteurs mais pas un Fritz. J'ai revêtu ma tenue habituelle de chef cantonnier, et j'arrive à la Drouetterie sans attirer l'attention. Il n'en est pas de même de l'avion. C'est une procession ininterrompue qui défile autour. De Brezolle, de Beauche et des fermes environnantes, les gens endimanchés viennent en curieux contempler l'épave. Au milieu de tout ce monde, je serre des mains et réponds aux questions indiscrètes de gens qui s'étonnent de ne plus me rencontrer depuis un mois. Les gardiens, des civils réquisitionnés et non armés, font des efforts désespérés pour éloigner les curieux. Les enfants sont intraitables, ils s'installent au poste de pilotage et tirent sur toutes les commandes. Impossible d'incendier l'avion sans risquer de faire des victimes. Il faut remettre çà à plus tard. A 23H00, PESCHEUX et CHAUVIN, partis en éclaireurs, rapportent que les curieux sont rentrés chez eux et que les gardiens ont disparu. Avec VAUCHER, me voilà à nouveau sur les lieux. Vite! Les grenades! Une dans le réservoir d'huile, une dans la distribution, et comme ça ne suffit pas, deux autres dans le poste de pilotage. L'incendie s'aperçoit à 5Km à la ronde".

 

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L'évasion du F/Lt Basil CLAPIN

Le rapport d'évasion du F/Lt Basil Philip CLAPIN indique qu'il décolla avec ses coéquipiers à 06H00 pour une mission de bombardement près de Dreux. Après avoir bombardé l'objectif, les Mustang du 65 Squadron furent attaqués par 20 à 30 Fw-190 près de Dreux. Le F/Lt CLAPIN réussit à abattre l'un des assaillants. Dans le combat, le Mustang III FX944 fut endommagé et un retour à la base ne pouvait être envisagé. Le F/Lt Basil Philip Waterlaw CLAPIN tenta alors un atterrissage forcé qu'il réussit avec succès à 1Km au nord de Tilleul-Dame-Agnès (27), au Nord-Ouest de Conches. Il marchera jusqu'à Beaumont-le-Roger où il fut caché par un Français jusqu'au 29 Août, date de la libération de la ville. Il regagna la Grande-Bretagne, via Bayeux.

Rapport d'évasion du F/Lt CLAPIN (Site National Archives UK)

 

La capture du F/Sgt WILLIAMS

Le F/Sgt Emrys Thomas WILLIAMS est lui aussi touché par les tirs des Fw-190. Dans des circonstances inconnues, il arrive à évacuer son Mustang III FX988 mais il est finalement capturé par les soldats allemands. Sa trace est retrouvée dans le Stalag Lutf 7 de Bankau, près de Kreuzburg.

 

La mort du Sgt SUMMER

Le Sgt SUMMER trouve la mort dans le crash de son appareil et son corps est inhumé dans le cimetière communal de Dreux.

Un rapport allemand confirme qu'un Mustang s'écrase ce 24 Juin 1944 vers 07H30, à Beauche:

 

 

 

 

 

 

Basilios Michael Vassiliadis (grecque)

(droits réservés)

 

 

 

 

Selon le témoignage pilote Thorstein JONSSON, le 65 Squadron avait pour mission de bombarder un quai soutenant une ligne de chemin de fer à Dreux. La formation est attaquée par des Fw-190 et, dans ce combat, grâce à un emploi judicieux de ses flaps, Tony JONSSON réussit à virer plus court qu’un allemand et à l’abattre. Un Fw-190 fut alors abattu et le pilote allemand put sauter en parachute. Les pilotes des deux camps adverses se firent un salut quand l’allemand toucha le sol sain et sauf.

Thorstein 'Tony" JONSSON

(seul pilote islandais dans la RAF)

(Droits réservés)

F/S SUMMERS – rang du fond – 4ème en partant de la gauche

 

 

 

 

 

 

 

 

Pilotes du 65 Squadron RAF

(Photo Emrys WILLIAMS)

 

 

 

 

 

 

 

Tombe du Sgt SUMMERS au cimetière communal de Dreux.

 

 

               

Le bombardement du terrain d’aviation de Châteaudun

A 08H10, la base aérienne allemande de Châteaudun est à nouveau la cible des bombardiers lourds américains.

45 B-24 du 34th BG et du 487th BG, répartis en quatre vagues de 12 bombardiers ont pour mission de larguer 111 tonnes de bombes explosives. Cette formation est défendue par une importante escorte de chasseurs-bombardiers.

Leur arrivée se fit par l’Ouest à une altitude de 4.000/5.000 mètres d’altitude, les premiers bombardiers balisent la cible en tirant des fusées puis le flot de bombes est largué.

Le bombardement dure cinq minutes et l’objectif est atteint, les résultats du bombardement étant même jugés très bons. La Luftwaffe déclare alors deux Ju-88 de la Nachtjagd détruits au sol et deux autres endommagés.

Curieusement, les habitants de Châteaudun voient tomber dans leurs rues de nombreuses ailettes en aluminium équipées de roulement à billes et tiges filetées : Ces ailettes fixée initialement sur la bombe américaines permettaient d’armer les bombes durant leur chute (et donc après le largage), la force du vent les faisant tourner à l’envers puis elles se désolidarisaient de la bombe, l’amorçant ainsi.

Une attaque, sans doute des chasseurs d’escortes, vise un pont dans la ville de Cloyes à 08h30. Un civile est tué.

 

 

Le bombardement du terrain d’aviation de Chartres

 

Le 24 Juin 1944, vers 08H30, le camp d’aviation de Chartres subit également un intense bombardement par des projectiles de petits calibres largués par de nombreux bombardiers.

Les dommages causés aux pistes seraient relativement faibles, par contre, une vingtaine d’appareils allemands auraient été détruits au sol par incendie, du coté des hangars dits « parapluies ».

La population civile locale souffrit peu de cette attaque car seule une maison située au 73, Rue du Bourg-Neuf fut détruite. Quelques autres maisons situées Chemin de la Croix Jumelin subirent de légers dommages.

Ce bombardement fut mené par 32 B-24 du 486th BG qui larguèrent 629 bombes explosives de 250 livres (soit 79,9 tonnes) à 22.000 pieds d’altitude. Aucune perte et les résultats furent jugés bons. Les bombardiers ne subissent pas de dommages majeurs. Toutefois, douze de ces B-24 subissent des dommages mineurs.

48 P-38 du 55th FG menés par le Col. CROWELL sont chargés d'escorter ces B-24. Le décollage à lieu à 06H48 et le rendez-vous avec les bombardiers se fait à Cabourg à 07H39. L'escorte se fit sans problème, en trois petits box. Lors du bombardement, le 55th FG attaqua également, revendiquant des locomotives détruites et des véhicules détruits ou endommagés.

Le Lt Kenneth I. CRAWFORD (Flight Vert position n° 2) et le Lt Clifford C. SHERMAN (Flight Jaune position n°3) du 55th FG, 38th FS participèrent à ce bombardement sur Chartres.

 

Lt Kenneth I. CRAWFORD

(Robert M. Littlefrield)

Lt. Clifford C. Sherman

(W. Staggs via C. Smith)

 

 

Le 55th FG qui rentra à sa base à 10H50 enregistra une perte lors du retour de mission : le Lt George KORINEK du 338th FS (après avoir revendiqué la destruction d’une locomotive et de 8 véhicules) est abattu par la Flak près d'Acquigny (Eure) vers 09H30 en mitraillant un Me-109 au sol. Son moteur droit prit feu et il sauta en parachute à 300 pieds. Son P-38 n° de série 42-68083 s'écrase à Lenhamel au Nord Est d’Evreux et il est fait prisonnier.

 

 

Le crash du B-24 du 93rd BG à Aunay-sous-Crécy

Au matin du 24 Juin 1944, très tôt, les B-24 du 93rd BG décollèrent de leur base (Hardwick) en Angleterre pour une mission de bombardement. L'objectif initial fut Melun mais la couverture nuageuse obligea la formation à chercher des cibles secondaires, autrement dit le terrain d’aviation de Dreux.

La formation de bombardiers traversa la Manche sans difficulté et prit ensuite à direction de Dreux. Parmi les appareils du 328th BS, se trouva le B-24 J (n° de série 42-100294

, pin up "Victory Bell") piloté par le Capitaine ROGGENKAMP et transportant 10 hommes d'équipage.

 

B-24 n° 42-100294 (NARA)

 

Vers 08H40, la formation arriva à proximité de Dreux à 21.000 pieds d'altitude et l'objectif était en vue. C'est alors que la Flak locale s’activa  formant un véritable barrage anti-aérien au-dessus de Tréon. Les bombardiers ouvrirent leurs soutes s'apprêtant à larguer leurs bombes quand tout d'un coup, le B-24 du Capitaine ROGGENKAMP fut touché de plein fouet au niveau des soutes encore remplies de bombes ainsi qu’au moteur N°2 alors que son appareil vole alors à 6.500 mètres d’altitude.

Trois aviateurs situés dans des bombardiers de la même formation purent observer le terrible accident: L'appareil prit feu et immédiatement, l'équipage commença à larguer ses bombes pour libérer l'issue de secours et tenter un éventuel atterrissage forcé, il perdit rapidement de l'altitude quittant la formation puis tourna vers la droite.

Le pilote et le co-pilote restèrent aux commandes de leur appareil pour permettre à leur camarade d'évacuer l'avion d'urgence et de sauter en parachute. Selon le témoignage du Capitaine SCHILLING, le T/Sgt ARNOLD ne trouvait pas son parachute lors de son évacuation de l’appareil.

Le bombardier ne put aller plus loin et explosa en plein air avec encore 4 hommes à l'intérieur. Le bombardier B-24 n°42-100294 piloté par le Capitaine ROGGENKAMP du 93rd BG, du 328th SB s'écrasa à Aunay-sous-Crécy, au Sud-Ouest de Dreux, avant de n'avoir pu larguer ses bombes. 7 aviateurs eurent le temps de sauter en parachute mais le denier (Lt John BOYLE) n'eut pas de chance car des débris de l'explosion retombèrent sur son parachute et l'enflammèrent. L'aviateur s'écrase au sol et trouve la mort.

Le Bombardier du Capitaine ROGGENKAMP transportait 10 hommes d'équipage dont voici les noms:

 

Pilote

Capt

ROGGENKAMP Norman A.

matr. 0-799463

Tué

Co-pilote

Lt Col.

PORTER Clarence R.

matr. 0-412876

Tué

Navigateur

Lt

ASHTON Morton R.

matr. 0-694300

Prisonnier

Bombardier

Capt

SCHILLING Kenneth W.

matr.0-734841

Evadé

Nav./observer

Lt

BOYLE John J.

matr. 0-669969

Tué

mitrailleur gauche

2nd Lt

HUITT Burl E.

matr. 0-700935

Evadé

mécanicien

T/Sgt

ARNOLD Lowell L.

matr. 35488682

Tué

radio-opérateur

T/Sgt

STRACZEWSKI Adam J.

matr. 32570435

Prisonnier

mitrailleur droit

S/Sgt

WRIGHT Norman

matr. 11117020

Evadé

mitrailleur de nez

S/Sgt

MLOT Eugene J.

matr.16060659

Tué

Mitrailleur

S/Sgt

BIES Walter E.

matr. 36533066

Evadé

 De gauche à droite, en haut: Mr 'X', Kenneth SCHILLING, Horman ROGGENKAMP, Morton HASTON et Norman WRIGHT

En bas: Walter BIES, Adam STACZEMSKI, Eugene MLOT, Lowell ARNOLD (Collection Jean PIERRE)

 

   

Le B-24 avait une Pin-Up "Victory Belle" (Droits réservés)

 

Rapport MACR n°6742 (B-24 piloté par le Cpt ROGGENKAMP)

 

Un habitant de la région, M. STINAT, fut témoin de ce terrible accident alors qu'il travaillait dans un champ avec trois chevaux. Le temps était beau et un groupe de bombardier américain passait à très haute altitude. Dans la formation, un appareil était en feu, touchée par la DCA de la région puis tout d'un coup, explosa ! Quatre parachutistes furent observés et des débris de l'avion tombaient tout autour de lui. Les débris en flammes tombèrent également sur le parachute du quatrième et dernier parachutiste qui s'écrasa au sol, se tuant. M. STINAT courut se mettre à l'abri dans une ferme toute proche. Après la chute des derniers morceaux, il retourna constater les dégâts: les chevaux n'avaient pas bougé mais un des quatre moteurs étaient tombés à 50 mètres des animaux sur la bordure du champ. Les Allemands ne tardèrent pas à arriver. Parmi les débris, les habitants purent constater la pin-up du B-24, une femme peinte allongée avec l'inscription "Victory Bell".

Dans la carlingue, quatre corps furent retrouvés, plus celui du parachutiste malchanceux. Les Allemands voulurent les enterrer sur place mais les anciens du village contestèrent et les corps furent finalement enterrés dans le cimetière communal du lieu du crash le 25 Juin 1944. Après la guerre, les corps furent relevés par les autorités américaines.

 

Comme l’indique le témoignage de M. STINAT, les trois parachutistes observés dans le ciel de son village disparurent. Mieux, M. STINAT n'observa pas tous les parachutes car, en réalité, il y en eut 6. Deux d'entre eux (ASHTON et STRACZEWSKI) furent capturés par les Allemands mais les quatre autres purent s'évader.

Walter Bies, sérieusement brûlé au visage, saute à 7.000 m et n'ouvre son parachute qu'à 1.000 m. Il atterrit dans un champ à proximité de Tréon où des villageois vont à son encontre et l’aident à dissimuler son parachute et sa Mae West. Il court ensuite se réfugier dans un bois où un Français âgé lui apporte à manger. Une demi-heure plus tard, l'homme réapparaît, accompagné de son co-équipier Burl Huitt puis du Sgt Wright quatre heures plus tard.

Vers 16 heures, ils reçoivent un papier écrit de la main de leur navigateur Lt Morton R. Ashton leur signalant qu'il se trouvait dans une maison à environ 250 m de là. Huitt, Bies et Wright rejoignent Ashton dans ce qui est en fait un vieux château. Leur navigateur, déjà en vêtements civils, a une cheville cassée et ils sont emmenés dans les dépendances où on leur donne à manger après avoir soigné leurs blessures. On leur retire leur équipement, on prend leurs mesures afin de leur procurer des effets civils et, au fur et à mesure, des pièces de vêtements arrivent. Vers 18 heures, après un léger repas, ils vont se coucher, et une heure plus tard arrive leur opérateur-radio T/Sgt Adam J. Straczewski, également brûlé, avec une cheville tordue et qui avait été caché dans une ferme voisine.

Au matin du 25 juin, Bies, Wright, Huitt et Ashton sont donc tous habillés en civil lorsqu'arrive le maire de Saint-Sauveur-Marville (M. Pedoux) qui leur annonce que leur bombardier, le Capitaine Schilling se trouve dans une maison voisine. Vers 13 heures, le maire revient accompagné de quelques membres de la Résistance.

Le lendemain suivant au matin, le chef de la résistance locale arrive et leur dit de se préparer à bouger vers 16 heures dans l'après-midi. Seuls quatre hommes sont capables de marcher, Bies, Wright, Huitt et Schilling et ils marchent jusqu'au centre de Saint-Sauveur où ils montent dans une charrette à deux roues (une vachère à fourrage) tirée par un cheval et conduite par le maire et un jeune résistant. Après environ une heure, ils arrivent à une ferme où on les place dans une étable avant d'y être rejoints vers 17 heures et demie par un homme de petite taille qui a amené en voiture Starczewski et leur navigateur Ashton. Starczewski et Asthon furent ensuite séparés du groupe, ils reçurent des couvertures et resteront loger là, en attendant d'être guidés vers Paris, puis Le Mans pour y être soignés. Tous deux furent arrêtés et envoyés en camps en Allemagne.

Curieusement, les résistants locaux crurent durant de nombreuses années que ces deux aviateurs avaient été conduits au Sud de l’Eure où un avion de mission vint les chercher pour les ramener en Angleterre 24 heures après leur chute. Malheureusement, il n’en fut rien.

Les quatre autres (BIES, SCHILLING, HUITT et le S/Sgt Norman WRIGHT) sont alors menés en voiture par le petit homme à travers les faubourgs de Chartres, passent par Châteaudun avant d'arriver à une forêt au Sud-Ouest de Cloyes. Il s'agit du camp secret de Bellande dans la Forêt de Fréteval où se trouvent déjà environ 35 aviateurs.

Les aviateurs furent cachés pendant environ 1 mois au camp de Bellande dans la Forêt de Fréteval avant d'être transférés dans le 2e camp à Richeray. C'est là qu'ils sont libérés le 13 août par des troupes américaines puis transférés vers Le Mans le 14 dans des véhicules du 818th Tank Destroyer Battalion.

Le 15 Août 1944, Bies et Wright sont transportés en camion du Mans vers la côte en direction de Laval mais, près de Vitré, le camion fait une embardée et se renverse. Les deux aviateurs sont blessés, BIES ayant une clavicule cassée. Ils sont alors rapatriés par avion médical en Angleterre le 16, et est soigné au 102nd General Hospital jusqu'au 23 septembre. Il est interrogé le 1er octobre 1944 par l'I.S.9 avant de regagner son unité puis les Etats-Unis.

  Rapport d'évasion du Capitaine Kenneth W. SCHILLING

Rapport d'évasion du S/Sgt Walter E. BIES

 Rapport d'évasion du 2nd Lt Burl E. BUITT

Rapport d'évasion du 2nd Lt Norman WRIGHT

Camp d'évasion de Frèteval

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Les cinq aviateurs qui trouvèrent la mort pour la liberté de la France reposent désormais:

 

Clarence PORTER au cimetière militaire américain de St-Laurent-Sur-Mer

(Plot D, Row 11, Grave 32)

John BOYLE au cimetière militaire américain de St-Laurent-Sur-Mer

(Plot B, Row 20, Grave 5)

Lowell ARNOLD au cimetière américain de Neupre, en Belgique

(Plot C, Row 36, Grave 15)

Eugene MLOT au cimetière américain de St-Laurent-Sur-Mer

(Plot D, Row 1, Grave 32)

Le corps de Norman ROGGENKAMP repose aux USA.

 

Le corps du T/Sgt Lowell L. ARNOLD fut retrouvé à Marville-Moutiers et inhumé dans le cimetière communal:

T/Sgt Lowell Lujean ARNOLD (Source: honorstates.org)

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Le Capitaine Norman Albert ROGGENKAMP naquit le 26 Mai 1923 et ses parents étaient agriculteurs dans une ferme à Shively, dans le Kentucky, près de Louisville. Norman fut un très bon élève, fut diplômé à l'école de Miltown dans l'Indiana en 1941 puis s'engagea dans des études d'ingénieur à l'Université de Louisville en Septembre 1941. Suite à l'attaque de Pearl Harbor le 07 Décembre 1941, il s'engagea dans l'armée dès Février 1942 où il obtint avec succès son brevet de pilote dans l'US Air Force. Après un entraînement approprié, il devint pilote de B-24 dans la 8ème Air Force et un poste lui fut offert dans le 93rd Bomber Group, 328th Bomber Squadron.

Avant de quitter les Etats-Unis pour venir en Angleterre, il se maria avec sa fiancée, Virginia BEZY. De cette union, naquit une petite fille, Nancy qui n'eut jamais la chance de connaître son père. Après l'explosion de son appareil, son corps fut retrouvé dans l'appareil et il fut enterré dans le cimetière communal.

Mort à l'âge de 22 ans, Norman ROGGENKAMP repose désormais dans un petit cimetière aux USA, dans la commune où il se maria...

Capt Norman ROGGENKAMP

 

Grâce à l'Association Forced Landing, le trace du frère du pilote fut retrouvée et Milton W. ROGGENKAMP put se rendre en France pour se recueillir sur les lieux de l'accident survenu le 24 Juin 1944.

 

Le frère du Capt Norman ROGGENKAMP, Milton ROGGENKAMP et Mr Morton R. ASHTON, navigateur de cet équipage

 

Le frère du Capt Norman ROGGENKAMP, Milton ROGGENKAMP et Mr PIERRE, président de l'Association Forced Landing, en recueillement sur les lieux du crash du B-24.

 

Ce 24 Juin 1944, à 08H40, les autres bombardiers de la formation (8 B-24 du 93rd BG) exécutèrent leur mission et bombardèrent le terrain d’aviation de Dreux (19 tonnes de bombes explosives).

 

Des bombardements en série

 

Le début de soirée du 24 Juin 1944 sera marqué par de nombreux bombardements.

 

A 19H25, Chartres est bombardé par six chasseurs-bombardiers qui attaquent à basse altitude le viaduc de la voie ferrée de Gallardon et le pont de Lèves. 12 bombes de 500 livres sont ainsi larguées (une demeure non éclatée). On dénombre un civil tué, 8 blessés, un immeuble détruit, deux endommagés et cinq inhabitables.

A 19H30, la ville de Courville est également bombardée par 4 chasseurs-bombardiers qui venaient de la direction du Mans. L’objectif est le croisement de la RN23, la Rue d’Huis et le pont sur l’Eure. Deux habitations (soit 6 habitants) sont sinistrées.

 

A 19H35, le terrain d’aviation de Châteaudun est visité par les P-51 du 363rd FG qui larguent leurs bombes en piqué. Le temps est beau et la visibilité est illimitée. Toutefois, un des appareils est atteint par le souffle d’une des bombes.

Le P-51 B-10 n°42-106729 du 2nd Lt Paul Franklin CLARK (matr. 0-810473) du 363rd FG, 381st FS tenta de reprendre de l'altitude et réussit à remonter jusqu'à 5.000 pieds pour tenter de regagner la zone libérée en Normandie. Malgré tout, la 15ème mission opérationnelle de ce pilote l’obligea à procéder à l'évacuation rapide de son appareil et sauta en parachute à 15 miles au Nord Ouest de Châteaudun. L’appareil s’écrasa et explosa. Le parachute du pilote fut aperçu ouvert par ses camarades et ils virent ensuite le Lt CLARK en train de courir vers une ferme dans la région de Chassant. Il fut immédiatement pris en charge par des français qui enterrèrent son parachute pour le cacher. Il resta 10 jours chez les BACCHI avant d’être caché au camp de Fréteval.

Le 18 août 1944, il put regagner l’Angleterre.

 

Paul Franklin Clark, chez Monsieur et Madame Bacchi (photo C Bacchi)

 

 

A 19h45, la ville de Courville est bombardée à sa sortie, causant 4 blessés. Les 4 chasseurs-bombardiers venaient de la direction du Mans. L'objectif est le croisement de la RN23, la Rue d'Huis et le pont de l'Eure. Deux habitations sont sinistrées.

 

 

LA PERTE D’UN PERTE D’UN P-47 DU 373rd FG

A 21H30, le terrain d’aviation de Châteaudun est à nouveau la cible des chasseurs-bombardiers qui perdront à nouveau un des leurs.

En effet, les P-47 du 373rd FG, 410th FS sont chargés de bombarder Châteaudun lors d'une mission de type "Dive-Bombing". Le P-47D 21 RA Nr 43-25573 piloté par le 2nd Lt William R. EICHELBERGER (matr. 0-706372) du 373rd FG, 410th FS est abattu à 21H32 en combat aérien au Nord de Bailleau-le-Pin. Ses camarades (au nombre de 4) aperçoivent un parachute.

Carte du lieu du crash décrit par Oscar W. WYLIE

 

Voici le témoignage du Lt Oscar W. WYLIE: "Je volai en couverture dans le Flight Green en position 2 à 15.000 pieds, l'un à coté de l'autre au-dessus de la ville de Bailleau, le 24 Juin 1944, quand nous fûmes attaqués par trois Fw-190 peint en gris sombre, caché dans le soleil à 15/20 degrés, en position 4 o'clock. Nous avons tourné à gauche et les avons pris en chasse. Mon leader ouvrit le feu mais je ne vis pas de tirs. Nous avons tourné en cercle en attendant le Green 6 et 4 qui avait commencé à être séparés de nous. Je vis le green 4 en flammes, puis le pilote sauter en parachute et le parachute s'ouvrir. Je le vis descendre jusqu'à 12.000 pieds au-dessus de la ville de Bailleau. Je ne pus l'observer longtemps car autres appareils ennemis étaient dans les environs".

 

Il ne fait nul doute que cette attaque de l’ennemi était le fruit des appareils du I./JG26 et du II./JG26 :

- Le Lt Kemethmüller, Staffelführer de la 4./JG26 revendique une victoire sur un P-47 à 21H37 au Sud de Dreux.

- Les Lt HOFMAN et VOGT de la 8./JG26 revendiquèrent pour leur part une victoire chacun sur des P-47 à 21H30 à l’Ouest de Dreux

Bien entendu, ce tableau de chasse est erroné, une seule perte ayant été enregistrée dans les rangs du 373rd FG.

 

                            

Lt HOFMAN                                                                     Lt VOGT

 

Il s’agissait de la 12ème mission du 2nd Lt William R. EICHELBERGER. Il fut gravement brûlé aux mains, visage et à la jambe droite lors de l’attaque mais il réussit tout de même à sauter en parachute vers 14.000 pieds d’altitude. Il situe le lieu du crash à environ 25 miles au Nord de Chartres ( ???). Sain et sauf, il courut jusqu’à une route où il rencontra des enfants. Il demanda des vêtements civils à une jeune fille qui lui suggéra d’attendre en se cachant dans un petit bois en bordure de la route. Un soldat allemand arriva près du bois et l’aviateur américain se rendit immédiatement en raison de ses brûlures importantes aux mains. Le soldat allemand était effrayé d’utiliser son pistolet et l’emmena dans le village où un véhicule allemand le prit en charge pour l’emmener à l’hôpital dans une ville située à 30 miles du lieu du crash. Après avoir été soigné, il fut emmené dans un camp-prison à Chartres où il fut interrogé et reçut de nouveau des soins médicaux par un docteur français. Deux jours après, il fut emmené dans un dispensaire et, quatre jours après, il fut emmené avec d’autres prisonniers blessés à Orléans dans un vieux couvent, situé sous un hôpital. Il y resta jusqu’au 16 Août, avec les soins d’un docteur français jusqu’à la libération de la ville par les FFI. Les résistants français l’emmenèrent à l’hôpital mais l’aviateur alla à l’encontre les troupes américaines puis il fut pris en charge à l’hôpital du Mans pendant trois jours, puis fit son retour dans son Fighter Group avant de rejoindre le quartier général à Laval puis la Grande Bretagne le 31 Août 1944.

  

 

LE BOMBARDEMENT DE LA GARE DE LA LOUPE

La journée du 24 Juin 1944 se terminera par un dernier bombardement de la gare de La Loupe à 22H00. Seize chasseurs-bombardiers bombardent successivement à basse altitude avec des 32 bombes  de 25 à 50 Kg. Quatre immeubles sont détruits.



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